Accrobranche

« T’es même pas cap ! » Ceux qui ont gardé leur âme d’enfant se rappelleront sûrement des défis imprudents qui les faisaient grimper aux arbres au risque de tomber de haut. Mais à la Forêt de l’Aventure, si on retombe bien vite en enfance, aucun risque en revanche de se fracasser parterre. Ficelé dans de solides baudriers, on commence le périple arboricole avec des consignes de sécurité et des instruction pour le maniement des longes et des mousquetons, qui fera à lui seul une bonne partie de l’aventure. Malgré ces précautions, personne ne fait le malin quand vient la question fatidique : « Qui veut se lancer en premier ? »

On grimpe une échelle pour se hisser sur une première plateforme avant d’attaquer les choses sérieuses. Je dis sérieuses, mais tout est relatif : tout le groupe s’élance sur le pont de singe à 4 m de hauteur comme s’il s’agissait de traverser un passage piéton, je suis manifestement le seul à pétocher, ce qui inspire à notre guide facétieux ces mots rassurants : « Et encore, ce n’est que le début... ».



Ponts de cordes, tonneaux, filets suspendus, la fameuse liane dite de Tarzan, cordes tendues, les étapes s’enchaînent comme dans un jeu vidéo d’Indiana Jones. Et cerise cascadeuse sur le gâteau aventurier, chaque parcours se termine par une tyrolienne, si bien que la tension ne peut redescendre qu’en même temps que nous. Entre temps, si vous vous surprenez à souffler quelques secondes, contemplant les cimes pour vous imaginer dans un remake d’Avatar, les cris d’excitation de vos devanciers vous ramènent illico à la réalité, avec cette inquiétude : mon Dieu, qu’est-ce qui peut bien les fait hurler cette fois ?

C’est donc lessivé, après deux heures d’efforts intensifs sur huit parcours aux difficultés croissantes et plusieurs tyroliennes entre les arbres que je peux enfin me reposer. D’abord soulagé, je rends mon matériel et dis au revoir au groupe, et c’est là que je le ressens : le léger pincement au cœur qui regrette, au fond, que ce soit déjà fini, qui voudrait y retourner tout de suite. En fait, j’ai adoré.

Forêt de l'aventure
06 92 30 01 54
Route du Maïdo, à la fin du village de Petite France
Tarifs : Adultes 20€ / Enfants 15€
la-foret-de-l-aventure.allonslareunion.com

Hélicoptère

Comment retranscrire une expérience quand on a perdu les mots ? Enfin presque : il m’en reste un, mais un seul. Assis dans le cockpit vrombissant au-dessus des montagnes, je dois me débrouiller pour communiquer exclusivement avec le lieu commun du tourisme spectaculaire : « Grandiose ! ». Grandiose ci, grandiose ça, je le répète sur tous les tons, à tout propos, et sans pouvoir m’en empêcher. Je sais bien que j’ai l’air cruche mais c’est plus fort que moi. Quand on m’avait prévenu, au départ, que j’allais être scotché, on m’avait pourtant suggéré « magnifique ». Mais magnifique, de là où je suis, c’est tout juste bon pour décrire la météo ; pas les paysages. Et puis t’as la vitesse. Il ne faut que 5 minutes de vol pour passer de l’héliport de Villèle sur la Route Cannière au cirque de Mafate, et lorsqu’on on franchit le haut du rempart du Maïdo, on se retrouve en une seconde avec 1000 mètres de vide en dessous, comme si quelqu’un avait retiré bruquement le tapis de forêt sous nos pieds. Dans la lumière de l’aube et l’ombre des reliefs, Aurère et les îlets se réveillent sous les hauteurs du Piton Cabri, La Nouvelle et le Grand Bénare se dessinent à contre-jour.

Plus tard, alors que nous survolons Salazie, je suis absorbé dans la contemplation ahurie des cascades rendues torrentielles par les pluies de février, et je radote toujours mon « Grandiose » en mode Rain Man sans trop prêter attention aux commentaires du pilote – Sébastien, barbe faussement négligée, dégaine typique du trentenaire sportif. Mais cette phrase retient tout de même mon attention : « le Trou de Fer, on ne peut y accéder que par hélicoptère en longeant les parois au fond de la ravine. Comme dans Star-Wars. »  L’image est exacte, et quand il propose de passer sous les cascades, l’ambiance cinéma est totale.



Suit le survol de l’immense forêt de Bébour-Bélouve puis l’arrivée à la Plaine des Palmistes, d’où l’on voit très bien Saint-Benoît faire face à Saint-Pierre. En face de nous se dressent les remparts luxuriants du Piton de la Fournaise qui contrastent violemment avec la plaine des sables et ses faux-airs de lune oubliée. Quelques explications géo-morphologiques plus tard, nous approchons de l’enclos Fouqué et de ses multiples cratères angoissants. Sans surprise, le fond du cratère Bory montre les signes d’un activité constante avec ses innombrables fumerolles de désert apocalyptique. Au loin, le sud sauvage se perd dans les eaux agitées. Et puis Cilaos, qui vu du ciel a l’air d’être relié au monde par un mince cordon ombilical entortillé, sa fameuse route aux 400 virages.

Le plus frappant sans doute dans l’expérience, c’est le bouleversement de la notion de distances. Depuis le ciel, on prend conscience des dimensions singulières de La Réunion : minuscule mais très escarpée, et donc diablement spectaculaire. Comme quoi, il n’est pas besoin qu’une chose soit très grande pour être, quand on l’observe sous le bon angle, « Grandiose ! »

Corail Hélicoptère
02 62 22 22 66
Hélistation de St-Gilles-les-Bains
Route Cannière Aéroport de Pierrefonds, Saint-Pierre
Tarifs : de 95€ à 320€ suivant les parcours
www.corail-helicopteres.com

Parachute ascensionnel

Si ascensionnel rime avec sensationnel, c’est bien qu’il y a une raison. D’abord, il y a le concept : un parachute qui monte au lieu de descendre, et un mélange de ski nautique et de cerf-volant humain. L’idée en soi, frappadingue, est figurez-vous une invention de l’armée hitlérienne, utilisée pour la première fois par les sous-mariniers du Reich pour des missions de reconnaissance au large. A priori, ça va, pas de nazi en vue dans le bateau quand on quitte le port de St-Leu. Et quand Samir déploie la voile du parachute, on découvre même qu’elle est frappée d’un smiley jaune géant, symbole qui n’est généralement pas le premier choix des assassins génocidaires.

Si je ne suis pas totalement rassuré quand on fonce vers le large pour profiter d’une vue panoramique sur la côte, c’est donc plutôt parce que je n’ai jamais mis les pieds sur un bateau avant. Je dois être le seul puisque l’ambiance est à la bonne humeur, avec mes deux coéquipières qui, quant à elles, ont décidées de tenter l’expérience en duo. Après tout, les filles vont déjà toujours à deux aux toilettes, il n’y a pas de raison qu’elles changent de mode en parachute. Contempler Saint-Leu et les fonds turquoises depuis son perchoir tracté, ça se mérite. C’est d’abord une belle montée d’adrénaline quand, tiré vers l’arrière au niveau du baudrier par la voile en suspension, on voit doucement le bateau s’éloigner de nous. On monte, on monte, jusqu’à ce que le vrombissement du moteur ne devienne plus qu’un petit bourdonnement à peine perceptible dans le bruit du vent. Et si l’aller permet de profiter pleinement du paysage, le retour quant à lui plus près des côtes permet d’apprécier les fonds marins translucides qui s’étalent jusqu’à une centaine de mètres sous nos pieds.



Avant de retourner sur le bateau, Samir m’a réservé une petite surprise : il me fait descendre jusqu’à avoir les pieds dans l’eau ! Quand je monte à bord, il ne parvient pas à réprimer le petit sourire content de sa blague : « J’ai essayé de ne pas trop te tremper...  » Je ne boude pas : outre qu’elle fut bon enfant, la facétie a eu l’agréable mérite de me rafraîchir, parce qu’il fait une chaleur cuisante. Et c’est justement sur la proposition d’un rafraîchissement au bar d’à côté pour prolonger la bonne ambiance que nous quitterons finalement la joyeuse équipe, parce que nous, on a encore du travail !

Funky Jet
06 93 91 81 29
Port de St-Leu
Tarifs pour 15 à 20 minutes : solo 55€ / duo 100€
Plus d’info sur www.ouest-lareunion.com

Parapente

« Plus que deux virages avant la piste de décollage... généralement c’est à ce moment là que les pulsations montent ! ». Quand on demande à François, alias Fanch, ce qu’il faut pour devenir parapentiste, il répond avec son sourire habituel : « Beaucoup de passion ! ». C’est sûr qu’à 800 m d’altitude, au moment de courir tout droit vers le vide sans s’arrêter, il faut en avoir, de la passion ! Pour ma part, j’ai surtout le ventre noué. Mais si je me suis levé à 5h ce matin, ce n’est pas pour me dégonfler maintenant. Alors on enfile la sellette, on s’attache aux mousquetons, on écoute les consignes pour le décollage et c’est parti !

Après quelques pas de course, je commence vite à perdre pieds, au sens propre comme au figuré. Et puisque le vent s’en mêle, Fanch me rassure : « On va prendre les courants ascendants, ça nous donnera un peu d’altitude. » Ah bon ! Ben si tu le dis alors... Il faut une bonne dizaine de minutes de vol au dessus des reliefs pour qu’un sentiment de sérénité relatif et fragile remplace le mélange d’excitation et d’angoisse. Ciel dégagé, sensation de flottement, nous glissons vers le lagon, d’un beau calme.



Je suis plutôt pas mal finalement, jusqu’à ce que Fanch me dise : « Tu vois la bouée orange ? Bon, prend les manettes et garde le cap, après tu nous feras un petit virage à gauche… » Me voilà aux commandes du parapente, qui est je le rappelle la seule chose qui me protège d’une chute vertigineuse et sans aucun doute rédhibitoire du point de vue de la continuation de mon existence, qui je le précise aussi, m’est très chère.

Fanch, lui, il reste cool : « Oh regarde, une tortue ! » Dans l’eau translucide, on aperçoit en effet distinctement la silhouette d’une tortue marine se mouvoir près des côtes, à mesure que nous approchons de la piste d’atterrissage.

Bilan de la journée : première fois en parapente, première fois aux commandes d’un parapente, premier infarctus sans doute, et première tortue marine aperçue en liberté ! Une fois revenu au sol, je suis euphorique. Pas suffisamment en revanche pour accepter l’invitation de Fanch, qui me propose illico d’essayer la voltige.

Tropic parapente
06 93 01 28 28
Base Parapente Dé Z'Îles St-Leu - Équipé PMR
Dénivelé de 800m – 20 min : 75€ / 30 min : 85€
Dénivelé de 1500m – 35 min : 105€ (uniquement le matin)
Si la météo le permet, les vols peuvent aussi s’effectuer au coucher du soleil.

ULM

À ce stade, vous pourriez croire que les paysages époustouflants des cirques et des lagons vus du ciel sont le but ultime de l’aventure. En vérité, le spectacle commence bien avant, lorsqu’au détour d’un virage on aperçoit tournoyer au-dessus de nos têtes les ailes nombreuses des appareils déjà en vol, étrange et paisible ballet qui depuis le plancher des vaches évoque une formation de fusées en papier multicolore.

Alors, quand Félix, moustache joviale et bonne humeur débordante, m’explique entre deux cafés que les temps sont durs, j’ai du mal à le croire. 27 ans après l’ouverture de son aéro-club, il me dit pourtant clairement que le secteur de l’ULM est touché de plein fouet par la crise. Malgré cette conjoncture morose, quelques touristes sont venus ce matin pour réclamer comme moi leur part de ciel.



« Ça va ? » Casque sur la tête, ceinture attachée, moteurs enclenchés, en piste, Félix me parle dans sa radio. Mis à part la petite poussée d’adrénaline au décollage, dans l’ensemble, ça va. On grimpe vite à 1500 mètres pour survoler Mafate et ses reliefs bruts arrosés par ses nombreuses cascades. La particularité de l’ULM est son absence d’habitacle fermé : on est en contact direct avec l’air, ce qui donne à ce que l’on voit une profondeur plus impressionnante qu’en hélicoptère, bien que l’altitude, la vitesse et le rayon d’action soient moindres.

Quand vient le moment de rentrer à la base, Félix me propose de faire un petit détour au dessus de l’océan. De là, les voitures ont des airs de miniatures, et on se surprend même à éprouver un sentiment mystique, à ressentir intimement le genre de notions proverbiales qu’en temps normal, on considère avec une distance ironique. On redécouvre un peu la poudre. Exemple : « On est bien peu de choses. » Voler, c’est aussi ça : changer de point de vue intérieur, prendre ses distances avec le monde. Et à ce titre, c’est une expérience philosophique autant que physique.

Félix ULM
02 62 43 02 59
Base de décollage de Cambaie - Équipé PMR
Tarifs : Baptême : 40€ pour 10 minutes / Lagons ou Mafate : 65€ pour 20 à 30 minutes

Chute libre

« Comment ça se fait que l’être humain ne vole pas ? Je me suis senti mais... libre ! Sérieusement, c’est trop bon, on est faits pour ça, c’est pas normal qu’on ait pas des ailes... ». S’il y avait eu quelque chose d’encore plus ahurissant qu’être transporté par les émotions de ceux qui viennent de sauter, ça aurait sûrement été de sauter à mon tour. D’autant que ce matin, j’ai assisté à tout : accueil avec un petit café, consignes de sécurité, décollage, saut, vol, atterrissage et consultation des photos. Malheureusement, ça ne fut pas possible, je suis donc contraint de me nourrir par procuration des émotions du garçon qui vient d’atterrir, et dont j’ignore s’il est toujours aussi bavard ou si le grand trip d’adrénaline qu’il vient de se prendre l’a transformé en poste radio hystérique : « Je m’attendais à ce que la peur me donne envie que le saut se termine vite, en fait c’est tout l’inverse, quand le parachute s’ouvre, on se dit, mince, on en veux encore ! »

Même si le saut en lui-même donne l’impression de passer très vite, l’ensemble des étapes préalables et le temps de récupérer les photos ensuite, il faut quand même bien réserver sa matinée.



Le topo, c’est 7 minutes d’hélicoptère pour rejoindre le point de largage, 45 secondes de saut et quelques minutes de vol libre où les plus téméraires pourront même jouer avec les manettes avant de rejoindre le sol. « En fait, ça a l’air compliqué mais c’est super simple ! Tu te dis que tu te rappelleras jamais de toutes les consignes de sécurité, mais en fait tout vient super naturellement, le cerveau se focalise sur ce qu’il ne connaît pas. Moi qui avait peur de sauter, je peux t’assurer que ce saut est le premier d’une longue série ! ».

L’enthousiasme de mon cobaye témoigne au moins d’une réussite remarquable : celle des pilotes, qui m’expliquent que l’important pour eux, c’est que les gens repartent avec la banane – et par banane, on ne veut pas dire la coupe de cheveux de Dick Rivers, bien que l’exercice décoiffe, mais bien l’énergie extatique que procurent les authentiques sensations fortes.

Fly 974 Tandem
06 92 02 53 76
Départ de l’héliport d’Hélilagon à Saint-Paul
Tarifs :
  • Saut simple : 400€
  • Saut + photos : 450€
  • Saut + vidéo : 490€
  • Saut + photos + vidéo : 540€
  • VIP : vidéo et photo sous deux angles, montage pro, CD et DVD de l’expérience intégrale : 695€