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6 bonnes raisons d’aller voir Fer6

De nationalité française mais né en Suisse, je dois régulièrement m’adresser au service central d’état civil de Nantes pour obtenir mon acte de naissance. Cette filiation forcée à cet ancien port négrier me confère-t-elle une illégitimité pour vous recommander ce brillant huis clos historique et fictionnel ?

Regarder dans le rétroviseur de l’Histoire réunionnaise est douloureux mais indispensable pour construire une Réunion libre et métisse qui assume ses origines de façon apaisée. Donc, je suis ravi de pouvoir vous vanter cette pièce où l’on ne cause pas de clubs de golf de gros zozos mais d’un esclave, Furcy (à prononcer avec l’accent malgache), qui n’aurait plus dû l’être et qui s’est battu pour sa liberté et celles des autres.

1. Réveiller les fantômes de l’esclave Furcy est toujours d’une grande importance, à la Réunion, terre qui a tant payé le tribut de l’esclavage. L’angle de la fiction apporte un éclairage plus criant d’inhumanité.

2. La dernière pièce traitant du sujet, « l’Affaire de l’esclave Furcy » interprété par Hassane Kassi Kouyaté, s’est jouée il y a plus de trois ans déjà, au Théâtre Champ Fleuri et abordait ce fait colonial sous un angle plus juridique et moins incarné.

3. La Boîte Noire, petite salle de la grande Cité des Arts est parfaite pour s’immerger dans l’intimité de cette glauque geôle où les prisonniers opposent leur désir de marronnage, de vérité ou de « rêvité » sur fond de Code Noir.

4. La performance d’Érick Isana est puissante et oppressante. On connaissait ses qualités d’acteur dans la comédie mais le jeu tragique lui va à merveille. Les silences qu’ils imposent sont glaçants et les parties chantées sont d’une justesse et d’une sincérité que certains apprentis maloyèrs pourraient lui envier.

5. Les créolophones et les non créolophones peuvent apprécier cette fiction historique qui saute d’une langue à une autre ; l’esclave Furcy ayant eu l’insolence de figurer parmi les esclaves les plus instruits du domaine de son maître Joseph Lory, et la véracité du créole d’époque permet à n’importe qui de voyager en ces temps sombres.

6. Le cynisme de l’argumentaire final du grand Blanc, Le Bourbonnais, nous bouscule et nous fait réfléchir astucieusement sur la question de nos libertés individuelles et collectives actuelles.

Manzi