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All About that bass

Le Stanley Clarke Band à la Ravine Saint Leu : on en rêvait, ils l’ont fait. Qui « ils » ? Les organisateurs d’Opus Pocus, en marge mais dans la même veine que le festival high quality qu’ils nous préparent pour juillet. Assurément, la venue de cette légende vivante de la musique internationale, pour une date unique, marquera la saison culturelle du sceau de l’excellence. En d’autres mots, à St-Leu ce vendredi, se déroulera un événement de grande, très grande classe.

Hasards et révolutions

Stanley Clarke est un dinosaure du jazz rock fusion, soit dit sans offense. Son parcours, on l’imagine façon biopic à l’américaine. La musique lui doit beaucoup, et c’est pas les bassistes qui diront le contraire.

Quand il était enfant, Stanley voulait jouer du violon, mais l’instrument se révéla peu adapté à ses doigts qu’il jugeait trop épais ! Il s’est ensuite essayé au violoncelle, sans plus de succès. Et puis un jour, il a trouvé une vieille contrebasse acoustique, qui traînait dans un coin, à l’école. Bingo.

Travailleur, doué, acharné, Stanley fait ses débuts professionnels (oui oui) à l’âge de quinze ans, invité par le saxophoniste Byard Lancaster, pour une série de spectacles. Cette expérience sera l’étincelle qui allumera l’inspiration et les ambitions musicales du bassiste pour des décennies.

Quelque temps plus tard, Stanley Clarke quitte sa ville et la Philadelphia Music Academy pour rejoindre New York. C’est là qu’il rencontre et se lie d’amitié avec Chick Rea. Ensemble, ils fondent un des premiers groupes de Jazz Rock : « Return to Forever ». Au sein de cette formation avant-gardiste, Stanley Clarke se fait largement remarquer, notamment pour sa dextérité de jeu littéralement envoûtante, mais aussi par son approche nouvelle. La basse se place en instrument lead, mélodique et harmonique. C’est une libération : l’instrument passe ainsi de l’arrière au devant de la scène. Son premier album (« Stanley Clarke », 1974), constitue déjà un coup de maître. Il connaît un succès mondial. Depuis, son œuvre n’a cessé d’influencer et d’inspirer toute une génération de musiciens. De collaborations en créations et tournées mondiales, il a partagé la scène avec les plus grands. Georges Duke, Jeff Beck, Stewart Copeland, Billy Cobbam, Lenny White, Jack DeJonhnette, Stan Getz, Paul McCartney, Quincy Jones, Marcus Miller, Aretha Franklin, Stevie Wonder, Herbie Hancock, trop nombreux pour les citer tous … Les années passent et l’étoile Clarke monte encore.

Bassiste vedette du jazz fusion, il sait marier à la perfection l’énergie rock, les harmonies jazz et l’âme funk. Son talent et sa créativité sont sollicités pour le cinéma et la télévision. En parallèle, il compose au cours de sa carrière plus de quarante albums. L’art de Stanley se voit honoré de toutes les façons imaginables : disques d’or, de platine, nominations aux Emmy, assez de Grammy Awards pour s’en faire des étagères, et même la clef de la ville de Philadelphie… Les magazines et critiques, spécialisés ou non, reconnaissent son génie. Il est probablement aujourd’hui le bassiste et contrebassiste le plus acclamé dans le monde.

Mega star, Stanley Clarke n’en a pas pour autant oublié d’où il vient. Sa carrière s’est construite de hasards, de chances (qu’il a su saisir), de rencontres et de mains tendues. C’est pourquoi il se tourne lui-même vers la future relève, en encourageant et en invitant à son tour de jeunes musiciens. C’est aussi pour lui une façon de faire vivre et perdurer la musique.

Cours, public, cours à la Ravine !

La Réunion, parfois c’est loin, pour certaines choses. Parole de Yab la Plaine, un concert de ce genre relève du mythe. Vous l’aurez compris, Stanley Clarke en live à la maison, c’est une occasion qui ne se présentera peut-être plus. C’est le genre de concert dont vous pourrez dire « j’y étais », une chance à ne pas manquer pour tout mélomane qui se respecte.


interviews

3 questions à Yann Vallé, organisateur des concerts « By Opus Pocus » et du festival du même nom.

Faire venir une « légende vivante » : grande idée !... Pourquoi précisément Stanley Clarke ? Parce que c’est un immense musicien, qui n’est jamais venu à La Réunion, qu’il y est très attendu, que ce projet est particulièrement intéressant et que nous avions appris que le groupe préparait une tournée en Europe en mai 2018.

C’est quoi le concept « By Opus Pocus » ? Nous organisons d’autres concerts dans l’année, sans lien direct avec le festival mais avec la même exigence artistique, la même attention portée à la technique (et généralement la même équipe technique), le même souci de l’accessibilité et de la convivialité. Il nous a paru intéressant de le faire savoir en regroupant ces différents projets hors-festival sous l’appellation « By Opus Pocus ». La fréquence n’est pas du tout arrêtée.

Des actions menées en parallèle du concert (comme pour le festival opus pocus) ? (masterclass ? résidences ? échanges ?...) Non hélas, car Stanley Clarke et ses musiciens ne resteront que très peu de temps à La Réunion (ils jouent le 15 aux Pays-Bas et le 20 en métropole).

4 questions à Stanley Clarke

Comment vous est venue cette passion pour la musique et la création artistique ? D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours profondément aimé la musique. Ma mère avait l’habitude de chanter des airs d’opéra à la maison. Elle avait aussi un certain talent pour la peinture. Depuis mon plus jeune âge, elle m’a parlé et sensibilisé à l’art.

Stan Getz, Paul Mc Cartnez, Quincy Jones, Marcus Miller, Stewart Copeland, Keith Richards, Aretha Franklin, Herbie Hancock… Vous avez travaillé avec les plus grands. Quelle(s) experience(s) de collaboration vous ont le plus marqué ? Ce que je retiens de ces expériences avec les autres musiciens, au-delà de ce qu’ils ont joué, c’est leur attitude et l’émotion qu’ils font passer à travers la musique. Le musicien le plus « positif » avec qui j’ai partagé la scène est probablement Stewart Copeland. On peut vraiment ressentir son engagement dans la musique, il s’implique. Herbie Hancock, c’est toute la confiance du monde. Quand je joue avec Herbie, je sais que la musique sera forcément spéciale. Il y aurait encore beaucoup à raconter !!!

A la Réunion, vous allez être accompagné de 4 musiciens. Comment les avez-vous rencontrés ? Lenny White et Chick Corea m’ont parlé de Beka Gochiashvili. Ils m’ont dit qu’il serait un des meilleurs, un musicien talentueux, professionnel depuis un âge précoce et qu’il était extrêmement compétent pour son âge. J’ai rencontré Cameron Graves alors qu’il était tout jeune. Il faisait partie d’un mouvement en plein essor à Los Angeles, appelé « the West Coast Get Down ». Ces musiciens y sont pour beaucoup dans la récente et forte résurgence du jazz à LA, et maintenant à l’international. Shariq Tucker est un jeune batteur incroyable et une force de la nature. De nombreux batteurs me l’ont recommandé. Salar Nader est un joueur de tabla énorme, formé auprès du maître Zakir Hussain. Salar est un génie sur son instrument.

C’est votre premier séjour à la Réunion. Vous connaissiez ? J’en sais très peu sur l’île et j’aimerais tout découvrir !

Lalou



Roulez jeunesse

Pour ce premier concert à la Réunion, Stanley Clarke sera accompagné de quatre jeunes musiciens exceptionnels :

Beka Gochiashvili, piano. Jeune prodige, « Premier prix du concours de piano du Festival de Jazz de Montreux à 13 ans, il rejoint en 2012 le groupe de Stanley Clarke, à 16 ans »

Cameron Graves, claviers. « Pianiste de Kamasi Washington (The Epic, 2015 ; Harmony Of Difference, 2017), il est également un membre fondateur du West Coast Get Down ».

Shariq Tucker, batterie. « Vainqueur du Guitar Center’s 26th Annual Drum-Off (2014), devant 5000 inscrits, ce jeune talent venu du Bronx est le nouveau batteur du groupe ».

Et, pour son premier concert à La Réunion, le maestro a souhaité inviter le percussionniste Salar Nader, disciple du maître de tablas Zakir Hussain.