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Amours sans boussole

C’est la première création de la compagnie Aberash, menée par Marcelino Meduse, artiste associé du CDOI depuis 2015. « De toute mon existence » parle de l’amour dans ce qu’il peut parfois avoir de troublant, de déboussolant, voire d’effrayant. Ici, il touche deux hommes. Regard porté sur les contradictions, les préconçus et les débats intérieurs face à l’homosexualité.

Tout part d’une rencontre virtuelle via une application sur smartphones. Au passage du virtuel au réel, une histoire commence : celle de deux jeunes hommes, Tayeb et Mouad. Mais très vite, ils se heurtent à l’interdit, à désapprobation de leurs parents respectifs, qui voient leur « orientation » d’un très mauvais œil. Alors, les amants s’enfuient ensemble dans le désert. Leur exil ne tarde pas à tourner au vinaigre : Tayeb semble perdre la raison.

Questionner un mythe à la lumière de notre époque

La pièce fait référence au mythe de Pyrame et Thisbé, fondateur de bien des histoires tragiques d’amour impossible, de Tristan et Iseult à Roméo et Juliette et consors.

A son tour, Marcelino Méduse choisit de questionner ce mythe à la lumière de notre époque, en le replaçant dans la société actuelle. En effet, l’écriture de la pièce est une réaction aux élans homophobes récents, suite notamment à l’adoption de la loi sur le mariage pour tous.

Il en découle un second questionnement, plus individuel et intime, celui de la relation filiale et des enjeux affectifs et intergénérationnels autour de l’homosexualité.

Les deux amants doutent, hésitent, espèrent, entre les affres d’un amour impossible et leur difficulté à définir ou à affirmer cette part de ce qu’ils sont. Leurs parents, quant à eux, se trouvent en perte de repères face à la sexualité de leurs fils, qu’ils ne comprennent pas.

Les deux amants doutent, hésitent, espèrent

Le thème est donc clair : il est question des rapports à l’homosexualité et au désir, avec la peur qu’il peut générer en soi ou chez les autres. La pièce est interprétée sur scène par deux comédiens locaux : Julien Dijoux et Arthur Jonzo, sur des musiques d’Arash Khalatbari.

Si l’histoire se situe dans un pays de désert (qui peut évoquer le décor marocain, par exemple), et à quelques détails géologiques et climatiques près, elle pourrait tout aussi bien se passer à la Réunion. En effet, le cadre local est lui aussi emprunt de nombreuses entraves plus ou moins intégrées dans les mentalités. L’utilisation de la langue créole s’intègre par ailleurs très naturellement dans les dialogues.

L’œuvre déroule un texte troublant sur les turpitudes des amours masculines lorsqu’elles ne coulent pas de source au regard d’une société donnée. Au-delà de la question de l’homosexualité, elle peut amener le spectateur à l’instrospection et à questionner ses propres ombres.

Lalou


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