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Sous les lunettes de Zerbinette

Au revoir là-haut

Il fallait les entendre, les grands pontes de la critique littéraire invités sur France Inter, dépiauter le dernier Goncourt avec leurs langues circonspectes...

Un roman sur l’ après guerre 14/18, qui sort juste avant le 11 novembre, forcément, ça éveille la suspicion... Et quand l’auteur a en prime l’honnêteté de citer en fin d’œuvre les romans qui l’ont inspiré, on pousse des cris d’orfraie... Et pourtant !

Certes, le premier chapitre peut effrayer. On se retrouve sur un champ de bataille, aux côtés du poilu Albert Maillard, brutalement enterré vivant, pousse dans un trou d’obus par son propre capitaine. Il est sauvé un extremis par un camarade, un certain Édouard Pericourt, qui sera défiguré par un obus pendant qu’il déterre Albert. À partir de là, lecteur, Pierre Lemaitre t’a ferré comme un gardon. Entre les deux hommes va naître une amitié aussi indissoluble que destructrice. Les lendemains de la guerre déchantent, surtout pour les gueules cassées et les infirmes. Seuls les arrivistes sans scrupule font leurs choux gras, comme le fameux capitaine d’Aulney Pradelle, ordure Balzacienne à laquelle nos deux poilus doivent tous leurs déboires.

Voila cependant que poussés par la ruine, la lassitude et la folie nos deux héros fomentent une arnaque monumentale ( dans tous les sens du terme) dans l’espoir de quitter une France crépusculaire qui leur a tout pris.

On tourne les pages frénétiquement jusqu’au dénouement magistral quoique singulièrement attendu.

Pierre Lemaitre était auteur de polars, on comprend pourquoi. Outre le suspens, c’est un roman très visuel, et étonnamment poétique. Cruel et féroce comme on les aime, et sans complaisance pour la nature humaine. Un régal.

Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre, 576 p., éditions Albin Michel.