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Avoir Drucker à l’ouvrage

Une fois n’est pas coutume, en ce lendemain de week-end, je ne vais pas vous infliger l’habituel débrief dévastateur qui m’attire tant de détracteurs pour vous proposer un coup de projecteur sur cette pièce qui mérite d’attirer un maximum de spectateurs.

Sur la page Wikipédia de Michel Drucker il est écrit que ce dernier est né un 12 septembre à Vire, le jeudi 06 et vendredi 07 octobre au Théâtre du Grand Marché.

Forcément j’ai choisi ce spectacle pour ce titre à rallonge génial : Projetez-vous à lundi prochain quand vous fanfaronnerez à la machine à café en racontant à vos collègues que ce week-end, vous étiez au Théatreuuu et que vous avez vu... (titre du spectacle à apprendre par cœur et à prononcer avec l’emphase de circonstance). Mais, au delà de cet intitulé rigoleur, cette performance d’acteur est un furieux manifeste sur le métier d’acteur associé à un centre dramatique décentralisé qui m’a fait autant réfléchir que marrer.

Anthony Poupard, seul sur scène mais assisté de deux techniciens complices sur le plateau, se moque de l’entre-soi des théâtreux et croque toute une série de personnages gravitant autour de son champ d’action théâtrale : le directeur de production pompeux, l’élue à la culture provinciale limitée mais volontaire, les collégiens empruntés, la présidente de la Communauté de Communes hautaine...

Sur un rythme stroboscopique, il arpente son Bocage normand et endosse tous ses personnages à cent mille à l’heure. C’est une vraie prouesse égotique, bavarde, hystérique qui vous astique les zygomatiques.

Tous les comédiens réunionnais devraient aller voir ce one man show épileptique - surtout ceux de Sin Jo qui partagent ce contexte de décentralisation en territoire sinistré et pluvieux – où l’acteur se met à nu pour démontrer le parcours d’un combattant qui veut défendre un théâtre populaire et élitaire.

Le Grand Marché est évidemment le lieu privilégié pour soulever ce type de questionnement et j’encourage également nos hauts fonctionnaires à la culture et autres élus de tout poil à se frotter à ce moment riche en autodérision, faculté dont ils sont rarement pourvus.

Et il y a nous autres spectateurs, qui n’entrons dans aucune case de ce microcosme, et qui allons tout de même nous déplacer en masse pour profiter de cette pièce contemporaine ambitieuse qui a le mérite de répondre joyeusement à des questions qu’on ne s’était même pas posées. Et si la culture populaire, ça ne servait pas justement à ça ?

Manzi