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Bobo pas bobard

Lorsque je découvre la photo d’Albin de la Simone en typique bobo parigot dans son complet bleu ciel de gentil chanteur à piano, il me prend l’irrationnelle envie de lui refaire un costard. Confortablement calée dans mon vilain préjugé, je me lance donc dans l’écoute de son dernier album, « L’un de nous », avec l’intention de ne pas en être, justement. Et ça m’embête : malgré toute ma mauvaise volonté, Albin de la Simone sort du cliché !

Il a attendu la trentaine pour se lancer en solo. Avant (et encore maintenant), il s’est forgé un CV bien solide en tant qu’accompagnateur, en studio et en tournée, au clavier ou à la basse. Surprenant palmarès, puisque le sideman a travaillé aussi bien auprès de Vanessa Paradis, Miossec, Jean louis Murat, ou Alain Souchon, qu’avec Nicolas Peyrac, Iggy Pop ou Shaka Ponk !

Touche à tout, il participe à divers projets tous azimuts : Saint Saens revisité pour le jeune public, expo-spectacle autours de « films fantômes », méticuleusement documentés (affiches, costumes, photos de tournages) quoique 100 % inventés. Ajoutons à cela des happennings arty au milieu des œuvres de Henry Darger ou de Kees Van Dongen, une BO ciné pour Bertrand Bonello … « Sérieux, le gars  », je me dis.

Oui mais voilà, aujourd’hui on en parle au rayon musique, avec son nom en haut de l’affiche. Son style, chanson française tranquille au piano sur fond de violons, ne m’emballe pas d’emblée. Ses thèmes dans l’écriture tournent autour des relations hommes / femmes et des histoires de couples plus ou moins torturées : je le trouve là où je l’attendais. Albin de la Simone le chanteur n’est clairement pas un performeur vocal décoiffant. Mais je ne m’y résous pas : je ne serai pas celle qui lui jettera la première tomate. Pourquoi ?

La force de l’honnêteté

Ce qu’il y a, c’est que cet album a fini par me cueillir (pour le coup la tomate c’est moi). Dans la veine de Souchon par la voix, l’intonation et peut-être l’intention, la simplicité toute nue qui se dégage de l’ensemble fait baisser les armes et c’est tant mieux. Le son intime du piano « lui va au teint » et s’habille de mots simples. Ce qui transparaît de tout ça, c’est une espèce de poésie délicate et (ô surprise !) sans manières : l’affaire sonne vrai et ça me touche. Albin de la Simone, fort de ses expériences multi-styles (du free jazz au punk rock en passant par la musique africaine et la variété française), semble simplement faire la musique qui lui correspond «  plutôt que faire la musique qu’on aime écouter  ». Il ne se pose d’ailleurs pas vraiment la question : «  je fais de mon mieux en essayant d’être sincère  ».

L’homme n’a pas l’air différent du personnage. Si parfois dans sa tête «  il n’y a que de l’eau », il ne semble pas pour autant se prendre le melon. A défaut de tomates alors je lui laisse une feuille d’artichaut, et arrête pour aujourd’hui les métaphores botaniques.

Finalement, Albin de la Simone peut le garder, son veston. On n’ira peut-être pas jusqu’à tomber la chemise ce soir-là, mais après tout, ce n’est ni une obligation ni forcément un gage de qualité.

Lalou