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Bonne récolte

Après un premier album qui présentait un groupe à l’identité musicale colorée et poétique, le quintet revient avec un nouveau bijou.

La graine de ce maloya évolutif prend ses racines dans la musique traditionnelle qui se greffe dans une multitude de genres, reflétant ainsi un univers propre aux nouvelles générations d’artistes insulaires : Entre institution, création, expérimentation et poésie. Portés par un vent ensemenceur, le groupe rentre tout juste d’une tournée nationale de festivals en guinguettes. La démarche de recherche sonore se poursuit ici dans la continuité d’un premier album avec un véritable travail des sons et des textures entre musique analogique et acoustique. Mais est toujours présente cette volonté d’habiller un texte, d’utiliser les bons mots aux bons endroits ; Carlo de Sacco le dit lui-même, « La chanson, c’est un texte. Comme une femme, elle peut s’habiller de mille façons, elle reste une femme. » Les textes, en français et en créole, prennent une part considérable dans cet album. Posés sur une musique souvent en retrait mais ronde, chaude et puissante.

Grèn Sémé joue ici les botanistes fous. Une écriture, une voix, et comme terreau fertile, un auditoire prêt à recevoir les grains d’espoir et de révolte distillés avec une brillante rhétorique par chacun des morceaux de ce nouvel opus musical.

Parmi les moments marquants d’Hors sol, on peut d’ores et déjà noter leur titre éponyme, un titre phare qui appelle à une prise de conscience, une philosophie plus proche de la terre, des racines. Une sorte d’éloge du risque et de l’éducation, d’un retour aux sources loin de la société anesthésiée, épurée, aseptisée, recluse… qui ne rime plus avec nature. Le clip, sorti officiellement il y a quelques jours, présente une identité visuelle forte et cruelle, qui se fait l’écho du monde actuel, loin de toute fantaisie.

Parmi les morceaux qui frappent fort, Peser, chanson en créole sur fond de vie quotidienne à Madagascar, se présente tel un tableau du quotidien et un hommage à la simplicité. Quant à Parier, le groupe nous offre là une piste aux sonorités funky, jazzy, entre créole et français, à la poésie incisive et éloquente. Mais l’apothéose poétique de l’album, c’est Une minute de silence avec Denis Péan, le magnétique chanteur de Lo Jo, qui l’accompagnera sur scène lors de l’inauguration de l’album en compagnie d’autres talents. Avec De Sacco, ils posent un slam-dialogue entre deux âmes inspirées, aèdes des temps modernes. C’est un véritable hymne à la poésie, plein d’envolées lyriques à la verve profonde. Un hommage à la langue française et aux émotions. Quelques minutes de musique, à défaut de silence, pour tous ces « grains de sable » qui ont, vont et peuvent changer le monde.

Comme le frisson qui nous traverse à l’écoute de cet omni (objet musical non identifié), Hors sol possède cet air de liberté et ce petit goût de contestation qui vous tapent dans l’oreille et vous questionne sur la société, l’amour, la vie, l’éducation, et toutes ces choses du quotidien sur lesquelles on ne se penche plus. Omni. Une idée de tout, et d’universalité. Avec ce nouvel album, réalisé en collaboration avec Jean Lamoot (Noir Désir, Bashung, Salif Kéïta), Grèn Sémé laisse dans son sillage une part onirique de musique, de culture et de liberté, qu’on ne se lassera pas d’écouter en fredonnant, les pieds nus bien ancrés dans la terre.

Morgane Ng Tat Chung