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Cave canem

Sous les étoiles de la Cité des Arts ce soir-là, la Compagnie l’Alpaca Rose ne nous avait pas promis la lune. Juste un rêve éveillé sous les étoiles. Promesse tenue.

Je ne vais pas te mentir brave spectateur j’avais quelques réserves concernant la nouvelle création de Campos à la Cité des Arts. D’abord parce que le bougre est un des artistes les plus prolixes à la Réunion, accumulant les sorties de spectacle à un rythme presque suspicieux tant il est soutenu. Et j’avais été, il est vrai, moyennement convaincue par le dernier en date Isole-moi qui, pour proposer une mise en scène originale et dérangeante, m’avait pourtant laissée sur ma faim.

Bref, nous voilà une petite centaine serrés sur les bancs de bois disposés en arc de cercle autour d’une structure métallique qui ressemble à un pylône. Pas de rideau, pas de rampe, c’est du théâtre de proximité, une conception chère à Campos qui aime envahir les lieux de vie du spectateur. Il y a là un vent à décorner les zébus, je regarde sceptique le chariot rempli de matériel astronomique qui attend de prendre vie. Il est 20h15. Musique. Yaelle Trulès avance, mutine, sur le béton.

Le pitch est simple, ce qui facilite l’accroche. Elle, c’est Eléonore qui se rêvait « Leo, » gamine rebelle à présent géologue émérite. Elle revient aux pieds de ce pylône raconter comment elle a fait la connaissance, 15 ans plus tôt, d’Emile, étrange adolescent passionné d’astronomie. Fasciné par les voyages dans l’espace, Émile est certain qu’il pourra rejoindre Laïka, petite chienne envoyée par les russes dans l’espace en 1957 et à présent perdue dans la Constellation du chien.

Un retour en arrière nous emmène à la rencontre nocturne de ces gosses d’alors, et le spectacle se concentre essentiellement autour du déroulement de cette soirée. L’ensemble a des allures de roman d’apprentissage revu à la sauce télé. Certes les personnages recèlent leur lot de clichés : elle, princesse couvée par un couple parental élitiste, cherchant à s’affirmer en fréquentant les racailles de son lycée ; lui, sensible et pataud, juvénile professeur Tournesol déjà moqué des caïds. Sur ce terrain vague à la nuit tombée, ils échangent leurs rêves et blessures, jusqu’à la chute, rocambolesque, qui précipite l’action et clôt l’aventure.

Le texte, de Pascal Chevarie, sans proposer de révélation existentielle, possède une simplicité poétique qui facilite l’identification aux personnages. Mais l’intérêt de la pièce repose essentiellement sur la qualité de jeu de cet improbable duo. Yaelle Trulès, parfaite de fraîcheur et d’insolence offre une palette de mimiques aussi délicieuses que touchantes. Quant au jeu de Campos, il fut tout simplement une révélation. Échappant aux écueils du stéréotype pourtant très présents dans la structure de ce personnage de tête de turc, tour à tour bourru et emporté, taciturne et prolixe, il incarne avec talent les facettes paradoxales d’une personnalité en chantier avec une sensibilité très émouvante.

Pièce agréable et douce, La Constellation du chien est une plage d’authenticité qu’il serait bien dommage de bouder.

Zerbinette