Zerbinette

Celle que vous croyez

Où ta Zerbinette s’engage dans les méandres de la schizophrénie, et se laisse mener comme une bleue jusqu’à l’incroyable chute de cette diabolique autofiction.

Au commencement, on croit maîtriser l’intrigue. Claire Millecam est internée. Elle raconte à son psychiatre comment, suite à son divorce puis à une déception amoureuse avec son amant Jo, elle s’est créé un faux profil Facebook pour se venger de lui en séduisant son meilleur ami Chris.

La duperie est savoureuse et stimule délicatement notre voyeurisme. J’ai tourné les pages frénétiquement je l’avoue, tant la candeur de cette femme de 48 ans qui tente le grand jeu de la séduction derrière l’avatar d’une jeunette de 20 ans me semblait touchante et tragique. Car l’aventure virtuelle vire au drame.

Mais voilà que la narration fait entendre la voix de Marc, le psychiatre de Claire, et que le lecteur, piètre pantin naïf, découvre une toute autre version de l’histoire. Et comme si cela ne suffisait pas à notre stupeur, le roman poursuit son chemin polyphonique, nous abandonnant à un troisième puis un quatrième récit des faits en un crescendo dramatique aussi palpitant que déroutant.

Au delà de la prouesse liée à la construction de l’intrigue, qui repose sur un enchâssement narratif des plus efficaces, le roman de Camille Laurens est une terrible réflexion sur le désir féminin, et son incapacité à résister à l’outrage du temps. Dénonçant l’hégémonie du mâle séduisant à tout âge dans l’imaginaire de notre sexualité, ce récit dessine avec brio la fragilité de la condition féminine, lorsqu’elle est vue sous le prisme de la libido du sexe fort.


Camille Laurens, Celle que vous croyez, Gallimard, décembre 2015, 186p.
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