Discothèque

Christine Salem, album "Lanbousir"

Paru en septembre 2010 chez Cobalt, Lanbousir est le quatrième album de Christine Salem. Un opus riche et habité, qui souligne les liens historiques, artistiques et spirituels qui unissent les peuples de l’Océan indien. 

Christine Salem se produira dorénavant sous son nom propre, abandonnant le nom de groupe "Salem Tradition". Une façon concrète d’affirmer sa prise de parole et ses positions, d’assumer pleinement son rôle de leader. Egalement une manière de signifier l’aboutissement d’une recherche profonde et personnelle, qui touche à l’identité de la chanteuse.

  Amorcé dès la fin 2008, le projet "Rasinaz" a pris la forme d’un "voyage identitaire" en plusieurs étapes aux Comores et à Madagascar. Au cours de ce retour aux sources sur la route de ses ancêtres, de Tuléar à Moroni, Christine Salem a multiplié les rencontres humaines et artistiques. De ces échanges avec les musiciens de la Grande Ile et ceux de l’archipel des Comores, Christine Salem a tiré l’essence de cet album Lanbousir. D’ailleurs trois titres de l’album ont été enregistrés en compagnie des deux musiciens comoriens Soubi et Mwigni Mmadi : "Komor Blues", "Louval" et "DJinn". 

  Indéniablement, l’influence du projet Rasinaz sur l’album Lanbousir réside dans l’omniprésent servis kabaré, auquel Salem consacre plusieurs morceaux : "Alouwé", "Ila", "Oyé", "Manbéliwa"… Ce maloya des origines, joué à l’occasion des cérémonies d’hommage aux ancêtres, apporte une forte dimension mystique à l’album. S’appuyant sur cette tradition cultuelle issue de Madagascar, Christine Salem place sa musique sous le signe de la spiritualité, à la croisée du monde des vivants et de celui des esprits. 

  Autre problématique centrale, toujours en rapport avec les origines de la chanteuse, la nécessaire réappropriation de leur passé par les peuples de l’Océan indien. Une idée forte, illustrée par les thèmes de l’esclavagisme et du marronnage qu’aborde Christine Salem sur Lanbousir. La question de la transmission de la mémoire notamment, est traitée dans "Listwar", titre qui s’ouvre sur un court fonnkèr et qui se referme sur un dialogue prof/élève : "Aujourd’hui les enfants, nous allons étudier l’histoire de nos ancêtres les Gaulois". Ce à quoi une petite fille répond en créole : "Kosa, monmon la pa di amwin sa li. Li la di a mwin banna té bann zésclav". Où l’on voit que, évacuées des programmes scolaires à La Réunion jusqu’à un passé récent, les questions sur l’esclavagisme et le marronnage ont longtemps été synonymes de mensonges : "in kisa lo mantèr, in so foutor voler". 

Avec Lanbousir, la parole de Christine Salem semble enfin libérée, prête à affirmer d’où lui vient cette force singulière, presque irréelle. Une démarche salutaire et sans concession, doublée d’une très belle réalisation musicale.  Autour de la voix grave et profonde de Christine Salem (chant, kayanm) on retrouve son redoutable trio de percussionnistes Vincent Philéas (chœurs, roulèr, congas), Laurent Dallau (chœurs, roulèr, congas) et David Abrousse (djembé, dundum, tama), ainsi que sa choriste Bellinda Justine. 

Lanbousir est disponible chez tous les bons disquaires de l’île.

Jérôme Horat

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