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Sous les lunettes de Zerbinette

Courir sur la faille

À lire au même titre que Primo Levi, Anne Franck et toutes les voix qui s’élèvent contre l’esprit génocidaire passé ou à venir.

Alors d’abord cher lecteur, une présentation de la petite dame. Non contente d’aligner moult diplômes scientifiques américains de haut vol, dont celui d’océanographe, d’animer via internet un programme d’écriture pour soutenir les femmes afghanes, et de servir de conseillère juridique aux africains de sa communauté, Naomi Benaron a également remporté quelques prix littéraires entre deux compétitions de triathlon ironman. À ses heures perdues, elle travaille en tant que masseuse thérapeute...

Le livre à présent : tu remarqueras que j’ai pas mal traîné à la lecture de ces 468 pages. La raison n’est pas à attribuer à la qualité du récit mais à son thème principal : le roman reconstitue avec une implacable rigueur malgré la fiction qui s’y greffe les mécanismes qui conduisirent au génocide des Tutsis au Rwanda, je n’étais donc guère pressée d’arriver aux dernières pages.

Je le dis néanmoins haut et fort : CE LIVRE EST UNE PÉPITE À LIRE ABSOLUMENT.

D’abord parce que je te l’avoue, j’avais à l’époque suivi ces événements à distance, sans réellement maîtriser ses origines, tenant et aboutissants. La honte est réparée car l’ouvrage de Benaron atteint ses objectifs. Après sa lecture, tu auras comblé les éventuelles failles de ta culture historique.

Mais au delà de l’aspect didactique, la fiction proposée est riche et haletante. Jean-Patrick N’kuba, jeune Tutsi particulièrement remarqué dans son village pour ses qualités athlétiques a un rêve : il veut devenir le premier coureur rwandais à gagner le huit cent mètres aux jeux olympiques. Remarqué par la fédération sportive pour son acharnement et ses bons résultats scolaires, il obtient une bourse pour étudier à l’université. A la clef, une participation aux fameux J.O.

Mais voilà, en dépit de son talent, Jean-Patrick est Tutsi et le pouvoir Hutu. Si les premiers, incrédules, croient à une possible paix, le parti des Mille collines distille sa haine putride et le germe prend. Confronté à une montée de la violence qu’il ne comprend ni ne maîtrise, Le héros devra choisir son camp : s’il reste un Tusti, il ne pourra continuer sa course à la victoire.

Riche en descriptions sur le charme bucolique de la vie agricole au Rwanda, ce roman te fera aimer ce pays d’Afrique, le courage d’un peuple et l’acharnement idéaliste de Jean-Patrick, un héros résolument tourné vers l’espoir.

Point de manichéisme non plus dans cette œuvre puissante : certains Hutus sauveront leurs amis Tutsis de la sauvagerie, l’occident sauveur prendra la fuite, et l’auteur s’attache à prouver avec rigueur qu’être humain dans une telle boucherie est moins une affaire d’ethnie, de couleur ou d’appartenance politique qu’une affaire de choix personnel.

Courir sur la faille de Naomi Benaron, 468 p., éditions 10/18.