Chronique

Manzi te fait la leçon

Danse avec tes chtars

Vous avez vu la couverture de L’Azenda de ce mois ci ? Novembre s’annonce comme la méga transe des membres ! Le graphiste – s’il en existe un dans cet organe de presse à la gloire de cette néo-culture de boudoir – aurait pu titrer « TOTAL RANCE » car y’a vraiment pas de quoi fouetter un entrechat pour ce rassemblement de petits ragondins contents pour rien.

La danse contemporaine est à la danse classique ce que la Segpa est au collège public : une voie de garage. Les danseurs contemporains partagent avec les circassiens le même parcours de ratés : pas assez physiques ni exigeants pour STAPS ou le Ballet de Dunkerque, ils se sont réfugiés vers une discipline fourre-tout que des plumitifs à la solde de la grande cabriole qualifient pompeusement d’ « art ouvert à l’extension permanente du champ des possibles ».

Reconnaissons à leurs confrères acrobates un atout majeur : le message ultra simpliste de leur création reste compréhensible pour le commun des mortels et certains organismes unicellulaires. À l’inverse, lobotomisés par des heures de pointe, nos matassins sans mocassins prennent les chemins de traverse en dansant tout nus devant des gens. Oulala oulala ! C’est ça votre choc esthétique moderne, les foufous ? Putain, faudrait inventer un tag YouPorn spécial pour les danseurs contemporains.

Je peux comprendre que ces godelureaux aient envie de fuir la danse classique aussi ringarde que le patinage autistique et les vannes de Candeloro, mais quand je mate leurs crises d’épilepsie rampantes sur fond de klongs industriels, je pense que la fumisterie atteint son plus haut niveau d’exercice.  

Chorégraphe, tête à baffes

  Et pourquoi pas filmer des mains qui bougent en inventant un barbarisme du genre « nano danse » pour camoufler cette giga branlette digitale ? La prochaine fois que je me fais pécho en plein grattage de balloches, promis je dirai que j’improvise une micro mazurka avec mes morbaques.

Quand un photographe part aux îles Kerguelen et qu’il revient avec un reportage photo, la démarche fait sens. Mais quand un chorégraphe nous ramène un ballet abscons inspiré du coït des morses, y’a que le gratin des pingouins pour taper dans ses mains devant ce remix de la danse des canards. Et toi, spectateur ignare, arrête de dire que tu comprends que dalle à la trame narrative puisque nous sommes dans le merveilleux monde de la danse suggestive.

Ouais gros relou, on t’a jamais dit que la danse se ressent plus qu’elle ne se raconte et que si mon cul c’est du poulet, l’avenir appartient aux poules qui se laveront les dents. Tu cherches un sens à cette phrase, oublie : c’est de la suggestion.

Si tu es fan de Kamoulox, je te conseille de lire les dossiers de presse des spectacles de danse : tu y savoureras une cacographie psychédélique, capable de vanter une performance mêlant un orgasme tonitruant sur du Mozart, un GIF animé de Poutine exorcisé avec une danse zouloue et des spectateurs réduits en esclavage… Après, faut pas s’étonner que les classes laborieuses restent vautrées dans leur canapé pour déguster les sardanes à l’huile de Danse avec les stars…  

#Balancetoncorps

  Les danseurs nous font chier à toujours parler de leur rapport au corps comme un truc spécial, comme si nous on n’était que des grosses têtes sur des moignons handicapés qui se détestent sous prétexte qu’on n’a pas passé nos vies en collants et qu’on passe pour des cons quand on danse en soirée.

Eh connard, première nouvelle, quand tu commences à balancer des gestes improbables de pro en recherche sur du Beyoncé en soirée, t’as pas l’air moins con que nous, t’as juste l’air de te la péter. En plus, manque de pot, t’es jamais dans le tempo. Tu te prends pour une étoile du dancefloor alors que c’est nous les vraies stars avec nos déhanchements telluriques.

Faut aussi que je te dise : tu nous fais chier avec ton hygiène de vie d’athlète 100% vegan alors que y’a pas si longtemps tu fourrais tes pointes avec des escalopes avariées. Ne nous fais pas croire que ta danse véhicule des messages alors que tu passes tes journées à te mater dans un miroir et que ton hobby n’est qu’un prolongement de ta crise égotique. Je te rappelle que si la danse est classée comme 6e art, c’est juste parce qu’à la fin du XXe siècle, le cinéma, la bédé et les jeux vidéos n’existaient pas.

Pour te dire, les mecs ont casé tes gesticulations au même niveau que les mimes qui, eux, ont le mérite de brasser de l’air pour essayer de dire quelque chose. Je te conseille de réfléchir à un smurf contemporain qui pourrait illustrer cette maxime : « Etre ridicule et en avoir conscience, c’est déjà ne plus l’être » et, promis, je m’arrange pour te trouver un créneau dans la programmation de Danse Péi, au CCAS de Tan Rouge.

Bon ok, j’avoue j’(h)aime !

Y’en a qui ont besoin de remuer leur couenne pour se sentir zen. Moi, je (sara)bande en faisant des crocs-en-jambe. C’est seulement après avoir vidé ma panse et libéré mes clichés sur la contredanse que je me lance dans ma réservation de places pour Total Danse.

Et ouais, Manzi est aussi pleutre scribouillard que renard du grand écart, surtout quand un pigiste qu’il aime bien lui a promis de l’embrasser s’il ne lâchait pas sa larme pendant le spectacle Kiss&Cry ((voir ici))

Dernier truc, les danseurs : quand des tocards vous chambrent sur l’homosexualité inhérente à votre milieu, arrêtez de vous défendre en vous référant au couple Benjamin Millepied/Natalie Portman, on s’en fout complètement des mœurs des artistes, tout comme on n’en a rien à cirer de mettre un terme technique sur vos mouvements sur le parquet. Nous, on veut vous voir bouger, tourner, sauter, baiser, convulser avec la tête de Poutine en GIF animé si vous voulez, tant que ça nous permet de faire léviter notre carcasse abîmée et de nous évader de cette société formatée.

Manzi