Bibliothèque

Sous les lunettes de Zerbinette

Décharges

C’est dévastée et puissamment secouée que j’achève la lecture de ce roman pourtant court, après une semaine de lecture difficile.

Dans ce récit uniquement rédigé à la première personne, dont les dialogues sont presque absents, la narratrice, Eva, livre, insidieusement, les étapes de sa descente aux enfers.

Décharges, c’est avant tout l’histoire d’un couple frappé par la précarité de l’emploi, qui va tenter de reconstruire ailleurs une fragile stabilité familiale. Tandis que son mari s’enlise dans une solitude alcoolique et désabusée, Eva, reconvertie en aide soignante dans un centre médical se noie dans l’altruisme, pour échapper à un foyer chaque jour plus étranger.

Décharges, c’est le récit des lois de l’attraction vers la vase, du délitement de l’amour maternel qui ne résiste plus à l’outrage du déclassement social. Enfin, comme si cela ne suffisait pas, c’est l’aveu d’un impossible amour entre une soignante et un patient tétraplégique lancés à toutes forces dans une voie sans issue.

Dégagée de tout jugement, pure dans sa noirceur, l’écriture crucifie l’espoir et anéantit le lecteur de sa grâce malsaine. Un scénario parfait pour un film de Lars Von Trier.

Décharges de Virginie Lou-Nony, 210 p., éditions Actes Sud.