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Dècina moi une danse

Occasionnellement, le Fond Régional d’Art Contemporain, que le sinistre monde des acronymes appelle FRAC, met en œuvre les « Ateliers des ailleurs » : un appel à projets qui voit s’affronter plusieurs catégories de créateurs artistiques de domaines très différents. Pour quel prix ? Un séjour dans une base subantarctique paumée dans les Terres Australes et Antarctiques Françaises, que le même monde sinistre appelle TAAF sans toutefois parvenir à saper la fascination qu’exercent ces îles reculées.

Une fois débarqués du Marion Dufresne, les artistes s’imprègnent de ces territoires peuplés de manchots, de phoques et de scientifiques ; ils hument les vents glacés, captent les spécificités d’une nature à la fois sauvage et précaire, puis matérialisent ce que leur inspire leur résidence hors norme, comme une soirée diapo d’antan ou un album Facebook d’aujourd’hui, en mille fois mieux.

De ses quatre mois dans l’archipel de Crozet, le chorégraphe napolitain Paco Dècina est soufflé par l’environnement inaltéré. Presque inaltéré : si le seul arbre de l’île, le pommier de la base française, ne cause aucun dégât, on ne peut en dire autant des pissenlits, des sagines et des stellaires qui, malgré leur joli petit nom, ont sacrément malmené l’écosystème local. Comme tout un chacun, Dècina s’est alors posé la question de la place de l’homme dans la nature. Mieux que tout un chacun, il crée La Douceur perméable de la rosée.

Pompeux, le nom ? Quand on revient du bout du monde, du bout de soi, y a-t-il mieux à faire qu’embrasser la grandiloquence brute ? Y a-t-il mieux que de revenir avec les sons des éléments déchaînés et du quotidien des reclus, pour restituer avec trois fois rien (trois danseurs et quatre tréteaux) le témoignage de ce qu’on surnommait « les îles de la désolation » ? Un surnom bien pratique pour faire croire que la désolation venait d’ailleurs.

On parie que la pièce de Dècina dit le contraire ?

Camicci