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Dedienne que pourra

Vincent Dedienne sera sur la scène de Champ Fleuri le 24 février pour une date unique à la Réunion. J’ai vu son spectacle « S’il se passe quelque chose » l’été dernier et je me suis retrouvé comme un chapon de Bresse cellophané : terriblement emballé. Il est inutile de vous convaincre d’y aller – puisque c’est complet – alors je me suis lancé ce pari con de lui rendre hommage sur le modèle de ses bios interdites que tout le PAF a reçu telles de tendres baffes.

Comme tu dois le faire pour tes chroniques télé – on se tutoie c’est plus sympa- j’ai farfouillé de long en large ta page officielle pour disséquer ta revue de presse. Repu d’ivresse et de calembours face à tant d’éloges et de bons mots, la pression me gagnât comme une montée de ragnagnas. Oui, je fais dans l’allitération désuète mais je sais que tu me pardonneras, mon cher Vincent, toi qui ressasses tes souvenirs d’une époque où l’on comptait en centimes et où l’on faisait ses courses à Mammouth. « Mammouth écrase les prix  ». Ah ! Le bon temps où la grande distribution osait la contrepèterie de masse. Tu revendiques clairement ce statut de jeune-vieux alors que d’autres luttent quotidiennement – j’en fais partie – pour ne pas être casé dans la catégorie « vieux-beau ».

Honnêtement, ma tentative de bio interdite, je l’ai écrite pas trop vite et j’ai même un peu galéré car, pendant plusieurs heures, elle ne m’a inspiré qu’un scénario bédé navrant, intitulé « Un diot inter-bites » narrant les exploits d’un diot (saucisse savoyarde) qui s’incruste dans une partouze en Suisse et humilie des gros manches romanches. Mais je dis graisse et j’en oublie d’écrire tes louanges, cher doux saint de l’humour allégé.

La connerie de Vincent Dedienne n’est pas un incident vendéen – oui je fais aussi dans l’anagramme superflu – mais prend ses racines dans la région de Mâcon. Tu m’excuseras ce calembour éculé sur ta bourgade natale mais j’en ai ma claque de lire des papiers sur ton spectacle reprenant ta vanne d’intro : Je suis né à Mâcon de parents inconnus. La mauvaise nouvelle dans cette phrase ce n’est pas « de parents inconnus », mais Mâcon. » Les mecs sont restés les cinq premières minutes de ton spectacle juste pour te reluquer la merguez ou c’est le service comm’ du maire Jean-Patrick Courtois qui cherche à récupérer du pèze ? C’est fou comme les journalistes ont besoin de répliques qui fusillent alors que tu es aussi percutant quand tu nous dépeins nostalgiquement ta quarantaine à Cruzille.

Petit, tu reconnais t’être grave emmerdé mais cette solitude t’a permis de développer ton imagination, « ton monde intérieur ». Ce qui me sidère avec les auteurs de ta trompe trempe, c’est cette faculté à se rappeler de micro détails et de les sublimer avec autant de précision et une distanciation hyper drôle, jamais voyeuse et toujours consensuelle. Ce con sensuel, qui fait marrer le hipster germanopratin autant que la ménagère en patins, s’est hissé à ce niveau de spiritualité à la force du poignet comme tu le reconnais toi-même dans Marie Claire : « C’est du labeur, il faut la travailler, la malaxer et j’adore ça ». On parle bien de la blague que tu peaufines pour tes chroniques, hein ?

Depuis deux ans, les journaleux qualifient ton humour de profond et poétique, en t’opposant à Gaspard Proust alors que tes revues de presse tournent autour du fion et des politiques en raillant les faux anars ou les vrais prout-prouts. Je le confesse, tu es le seul à me faire rire autant avec tes vannes OuLiPo si polies même si j’avoue avoir mis un peu de temps à te vénérer, bloquant sur ton tic de salivation pas très radiophonique alors que tes passages télé ont sublimé ton jeu d’acteur et tes grossièretés intellectuelles, te rapprochant du maître Pierre-Emmanuel.

Dans le JDD, tu expliques que tu as écrit ton premier spectacle en 2009 car « tu sortais d’une rupture amoureuse, que tu voulais te venger en même temps que tu désirais être aimé ». Pour ce spectacle, tu te présentes illico au public en annonçant que tu es célibataire. Fichtre ! J’espère que t’as pécho depuis le temps avec ta vieille technique de théâtreux ? Si ce n’est pas le cas, tant mieux pour nous, car le célibat te va à merveille. Apparemment, tu veux revenir à du théâtre sérieux. Pourquoi pas. Mais ne chope pas le melon car j’ai vu le titre de la précédente pièce dans laquelle tu jouais, Cytomégalovirus, ça fait un peu flipper et je suis prêt à lancer la pétition « Pour que Dedienne ne devienne pas Gallienne » si tu arrêtes tes vannes diluviennes.

Très cher Vincent, je n’ai plus que quelques signes pour te féliciter pour toutes tes chroniques et surtout ton dernier spectacle que j’ai vu à Avignon l’été dernier. J’ai lu que l’ambiance de supermarché du spectacle vivant régnant en juillet dans cette ville était ton pire souvenir professionnel. Sache que lors d’une de tes représentations, il s’est passé quelque chose de très revigorant pour un spectateur dont l’empathie se réveille rarement. Tu as généreusement « fabriqué de la joie et réenchanté mon monde » et je suis convaincu que vendredi, sur la scène de Champ Fleuri, il y’en aura plein d’autres comme moi.

Manzi