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Sous les lunettes de Zerbinette

Du domaine des murmures

Du domaine des murmures est une petite chose aérienne et délicate, d’une syntaxe exquise et d’une vraisemblance historique totale.

Le roman se déroule au cœur de la France médiévale, pendant les croisades. Esclarmonde, la fille du seigneur, se tranche une oreille le jour de son mariage et décide de vivre recluse et emmurée dans une chapelle construite à flanc de château. Quoique privée de mouvement puis de parole, son pouvoir va s’étendre bien au delà du domaine des murmures.

En dépit des nombreux prix décernés à cet ouvrage, il m’a laissée froide comme la pierre. N’étant ni une fan d’hagiographie, ni groupie de Bernadette, ni passionnée par les valeurs judéo-chrétiennes, cette histoire de Vierge violée qui tournicote dans son caisson au nom de Dieu, et ne trouve rien de mieux à faire que de se réjouir de sa souffrance, ça m’a passablement fatigué le sacrum. Autant se faire une cure de Pascal ou de Saint Augustin. Au moins, le texte est d’époque, et avec le contexte, on peut comprendre.

Mais Carole Martinez est une femme du 21e siècle. Et de fait, Toute cette exaltation autour de la privation, de la culpabilité et de l’esprit de sacrifice me paraît profondément malsaine. Oscillant entre dénonciation des injustices faites aux femmes de l’époque et apologie du mysticisme, l’auteur s’égare dans un récit de plus en plus fantasmatique où fantômes et légendes sortent des tombes.

Beaucoup de bruit pour rien, comme dirait l’autre.

Du domaine des murmures de Carole Martinez, 226 p., éditions Gallimard.