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Expo : Conversations

Entrez dans le labyrinthe..

Quand on aime, on aime conter… comme en témoigne la nouvelle exposition de Fonds régional d’art contemporain de La Réunion.

Conçue comme un passionnant labyrinthe dévoilant peu à peu ses secrets au visiteur, CONVERSATIONS est un dialogue entre des œuvres majeures de la collection du FRAC et celles de trois artistes vivant et travaillant à La Réunion. Amateurs d’art ou simples curieux, passionnés ou néophytes, tours et détours s’imposent.


Conversation avec la commissaire d’exposition Cathy Cancade

Comment avez-vous engagé ces Conversations ?

Cette exposition est née de la volonté de créer une rencontre entre des œuvres réalisées par les grands noms de l’art du XXe siècle et des travaux d’artistes vivant et travaillant à La Réunion. Béatrice Binoche, la directrice du FRAC RÉUNION, m’a donné carte blanche. Elle m’a proposé de sélectionner dans la collection des œuvres créées entre 1965 et 1975. Je me suis donc plongée dans le catalogue de ce fonds comportant quelque 400 œuvres dont certaines d’une exceptionnelle rareté. L’objectif est bien sûr de les partager avec tous les Réunionnais. Ainsi le Grand Triptyque Noir de Joan Miró entré dans la collection il y a une trentaine d’années sera-t-il dévoilé pour la première fois au grand public, à cette occasion. Des œuvres d’artistes très célèbres comme Alexander Calder, Antoni Tapiès ou encore Malcolm de Chazal conversent ici avec celles de Cristof Dènmont, Clotilde Provansal et Abel Técher.

Commissaire vos papiers…

Diplômée de l’École Supérieure d’Art de La Réunion, Cathy Cancade vit et travaille à La Réunion. Sa démarche s’apparente à celle de l’explorateur-cartographe arpentant le monde dans lequel nos corps évoluent. Elle aborde la question du déplacement à travers le dispositif de la marche, ainsi le corps en mouvement devient outil de perception. Il trace des lignes invisibles et redessine le paysage faisant apparaître de nouvelles formes, de nouveaux horizons. Cette artiste pluridisciplinaire mesure l’espace tout en se mesurant à celui-ci afin d’établir le dialogue. Ce que l’on voit suffit-il à dire ce que l’on sait sur ce qui nous entoure ? Repoussant sans cesse les frontières et les limites du visible, elle nous entraîne sur des voies inédites et nous invite à découvrir des mondes en superpositions. Découvreuse de lieux et de liens, elle pose un regard sensible, curieux et poétique pour finalement proposer l’œuvre comme un acte d’intervention sur le réel.

Quel est le fil d’Ariane de l’exposition ?

Je suis partie de la maison, du labyrinthe de l’habitation. Située juste à côté du musée Stella Matutina, la maison Bédier qui abrite le FRAC est un lieu étonnant. Dès le portail, elle offre une imposante ligne droite. Et si l’on se place au fond du bâtiment, on dispose d’une vue fantastique sur la mer… Cela a influencé ma scénographie. Des cloisons ont été ajoutées, des pièces modifiées… Très vite j’ai eu envie de ne pas tout révéler au premier regard, afin que le visiteur puisse aller de surprise en surprise. La discussion se construit tout au long d’un parcours presque labyrinthique, les œuvres se livrent peu à peu et chaque visiteur tisse sa propre histoire.

Qu’est-ce qui a guidé le choix des œuvres ?

L’idée de labyrinthe m’a conduite tout naturellement au Minotaure. J’ai donc choisi le Minotaure de Clotilde Provansal, une pièce étrange et réaliste qu’elle a créée en 2015 avec le concours du Museum d’Histoire Naturelle de La Réunion. En découvrant les œuvres d’Édouardo Chillida et de Wifredo Lam acquises par le FRAC REUNION, cela m’a semblé une évidence. La conversation était engagée, il suffisait de suivre le fil. J’ai sélectionné au total une vingtaine d’œuvres de la collection ; Antoni Tàpies, Jean-René Bazaine, Alexander Calder, Édouardo Chillida, Jean-Paul Riopelle, Malcolm de Chazal, Wifredo Lam, Joan Miró. Pour compléter l’exposition, je suis partie à la rencontre des artistes travaillant à La Réunion, j’ai visité leur atelier, j’ai fouillé, dialogué, échangé ; je cherchais avant tout des œuvres entrant en dialogue, en conversation avec celles de la collection. La richesse et la générosité de la peinture de Cristof Dènmont ont répondu à mes attentes ainsi qu’une très belle proposition d’Abel Techer. Le choix des artistes invités fut alors comme une évidence. A travers ce choix il y a eu, bien sûr, la volonté de provoquer la rencontre entre des œuvres créées il y a cinquante ans et celles produites aujourd’hui par la jeune génération d’artistes. Qu’est-ce que cela raconte en somme quand ces artistes contemporains côtoient les pères fondateurs de la pensée surréaliste et de l’abstraction ? Un dialogue décalé et poétique s’engage naturellement dévoilant ainsi les ponts et les liens qui unissent ces deux générations d’artistes. Outre l’imposant Minotaure de Clotilde Provansal, les visiteurs pourront découvrir trois peintures de Cristof Dènmont, ainsi que deux pastels et des pièces en céramique spécialement produites pour l’exposition par Abel Techer.

Que dire à ceux qui n’oseraient pas s’aventurer dans le labyrinthe ?

La Maison Bédier ouvre ses portes et ses salons au plus grand nombre justement parce que l’art contemporain peut être et doit être accessible à tous. "Les œuvres d’art sont des coins à pique-nique, des auberges espagnoles où l’on consomme ce que l’on apporte soi-même." La citation de l’artiste François Morellet illustre parfaitement ce que l’œuvre est au "regardeur". Le FRAC REUNION attache une importance toute particulière à la médiation culturelle. J’interviens d’ailleurs régulièrement à la Maison Bédier en tant que médiatrice depuis la fin de l’année dernière. Notre objectif n’est pas de faire de grands discours, mais de mettre l’accent sur l’accueil et l’échange. La conception de cette exposition répond à cette préoccupation. Ainsi au-delà du cheminement, proposons-nous aux visiteurs "d’habiter la maison". De converser avec une œuvre en se posant, en s’asseyant… d’où le mobilier glané chez Emmaüs. Au fil de la visite, le visiteur peut s’installer pour feuilleter un catalogue, lire un livre, regarder une vidéo… ou converser avec un autre visiteur.

Nous allons également à la rencontre des enfants… Dorénavant, le mercredi, nous proposons un accueil personnalisé pour une visite en famille. Pour les scolaires, nous avons mis en ligne un livret pédagogique permettant de préparer et/ou de prolonger la visite. L’exposition se compose principalement de lithographies, d’aquatintes, d’eaux fortes. Un espace « projection » est mis à la disposition du public dans lequel nous projetons une vidéo expliquant certaines techniques de gravure. Ludique et didactique, cette exposition permet de faire un pont avec l’histoire de l’art.


Conversations

  • Du 10 juin au 30 septembre 2018
  • Maison Bédier / Piton Saint-Leu / Stella
  • Mercredi et jeudi - Samedi et dimanche
  • de 10h à 12 h et de 14h à 17h
  • Entrée libre et gratuite


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Du 10 au 17 juin, le Fonds régional d’art contemporain de La Réunion accueille L’Indigo, une épopée chromatique qui a associé tout au long de l’année, des élèves du lycée Ambroise Vollard, du collège de Terre Sainte, et ponctuellement, en mai, des élèves de la délégation mauricienne PAD Arts et Culture, des étudiants de l’ESA-R et les artistes de La Friche, au Port