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Faut-il lâcher Bussi ?

Où ta Zerbinette tergiverse : suffit-il d’enraciner une intrigue entre nos filaos saint-Gillois pour asseoir un chef d’œuvre ? À en croire le best-seller de Michel Bussi Ne lâche pas ma main, rien n’est moins sûr.

Mon petit lecteur, l’heure est grave. Je vais prendre la prétentieuse liberté de déboulonner un monument commercial consacré par la presse, qui de surcroît plante son décor sur l’île de la Réunion.

Michel Bussi, c’est la médaille de bronze sur le podium Musso/ Levy, l’homme qui dégaine du scénar plus vite que son ombre, notre Douglas Kennedy national.

Tout commence par un cliché : Liane, Martial, un couple de Zoreys fraîchement débarqués pataugent dans les eaux turquoise de l’Hermitage. Poncif qu’on pardonne facilement à l’auteur car le bougre est habile à nous hameçonner. La lune de miel des époux à l’hôtel Alamanda est rapidement interrompue par la disparition de madame. Traces de sang dans la chambre du couple, témoignages accablants du personnel, tout porte à croire que le mari est coupable.

Traqué par la brigade territoriale Saint-Gilloise, le père prend la fuite avec sa fille.

C’est alors que Bussi, qui n’est pas prof de géographie pour rien, commence ses insupportables digressions wiki-pédantes, visant à nous prouver que l’île n’a plus de secrets pour lui.

Alors qu’il nous avait embringués dans une intrigue rondement troussée, le voilà qui coupe notre élan en truffant son récit d’informations dignes des notes d’un stagiaire pour le Routard. Toutes les portes ouvertes vers les discussions de comptoir sont pompeusement enfoncées, de l’attaque requin à la route du littoral en passant par les transcriptions en créole pour estampiller « noulafé » les studieuses recherches d’un bon franchouillard qui rêvait d’être pris au sérieux par les locaux.

Ce qui reste difficile lorsqu’il nous cause du coucher de soleil à 22 h30 à Boucan, ou encore du carri « de » poulet préparé par « La Créole », occurrence dont il abuse sans doute pour la couleur locale. Avec Bussi, les flics ouvrent des bouteilles « de » dodo pendant que les gosses de six ans jouent sans surveillance toutes les nuits dans les rouleaux de Boucan. Sans doute la nonchalance des îles.

Reste la chute, aussi rocambolesque qu’improbable mais qui donne à l’auteur l’occasion de placer sa dernière référence rubrique folklore local sous l’égide de la vierge au parasol. La boucle est bouclée.

Bussi a dû repartir content, son bouquin est un excellent guide touristique. Malheureusement les personnages se sont perdus en chemin.

Zerbinette

Michel Bussi, Ne lâche pas ma main,
448 p, 2014.