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Le grandiose des petits gestes

Un spectacle muet. Et puis une petite table. Petite et très basse.

Derrière, un bonhomme bouge des trucs et des machins. Ça, du cirque ? Oh que oui !

Approchez mesdames et messieurs. Venez voir « Vu ». Un théâtre d’objets où le cirque du quotidien anodin en surprendra plus d’un.

Entendre parler de « Vu » pour la première fois, c’est entendre parler de cirque. Voir « Vu » pour la première fois, c’est d’abord ne pas entendre parler. De quelle manière du théâtre d’objet, muet de surcroit, peut-il se retrouver référencé comme étant du cirque ?

SACÉKRIPA, MAIS ON VA QUAND MÊME LE FAIRE

Parlons tout d’abord de la compagnie : Sacékripa. On va tout de même tâcher de la décrire en quelques lignes. À l’origine deux acrobates et trois jongleurs se rencontrent au Centre Régional des Arts du Cirque de Toulouse. Après deux années de formation, ils montent leur compagnie et se lancent dans leur premier projet, « Tourne Autour », un spectacle de rue évoquant avec légèreté les rapports humains. S’en suivra une tournée internationale avec un premier passage à La Réunion. Leur création suivante, « Who goes on », questionnant l’handicap physique, sera récompensée en 2004 du prix SACD (jeune talent cirque) et tournera en Europe. En 2009, les 5 compères présentent « Coulisses », un malicieux hommage à leur métier. Là encore, c’est un succès.

Quelles soient jouées en plein air ou en salle, toutes les créations de Sacékripa comportent des jongles, des portés, des acrobaties, etc.. On est bien dans le spectacle circassien. Cependant, avec « Vu », créé en 2012, la compagnie sort des sentiers battus. Les performances sont minimisées… dans la forme… et dans l’objet. En résulte un spectacle de cirque miniature pour méticuleux exacerbés

Finesses & prouesses du petit quotidien

Sur scène, Etienne Manceau, jongleur de formation. Le propos de « Vu » semble simpliste : se préparer une tasse de thé bien chaude. Pourtant, dans un décor minimaliste - une table et une chaise un peu basses -, ce héros faussement rigide transforme des gestes simples du quotidien en moments exceptionnels. Sans un bruit, sans une parole, cet obsessionnel compulsif enchaine les petites prouesses où le comique, la finesse et la poésie se percutent. L’aspect miniature - du spectacle comme des péripéties -, en obligeant le spectateur à être attentif lui aussi aux moindres détails, a finalement quelque chose de grandiose. Cette représentation subtile des obsessions envahissantes frise, de petits dérapages en adroites maladresses, le génie.

Ce cirque, sans triples sauts ou acrobaties rocambolesques, n’en reste pas moins une performance remarquable. La précision, la répétition, l’agilité dans les gestes relève bien de la jonglerie. La manipulation, les lancés-rattrapés, de ces objets usuels font écho à la précision d’un horloger. Sans qu’on ne voit le temps passer. Et le crescendo de la situation, le tout sans parole, laisse bouche bée.

Au fond, cette histoire, c’est celle d’un clown triste. Un être auquel on s’attache et qui fait rire malgré lui. Dans ce cirque minuscule, loin d’être destiné aux petits, la psychologie du personnage joue un rôle prépondérant. Le diable se cache dans les détails, c’est bien connu.


CIRQUE D’OBJET - VU - CIE SACÉKRIPA

  • Piton St-Leu | Le Séchoir | 13/16€
  • Vendredi 8 juin | 20h
  • Samedi 9 juin | 15h et 18h

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