Coup de coeur

Mme Marguerite

Folle école

Virginie Bernard Hoareau, de la Cie Maecha Metis, incarne Madame Marguerite, une institutrice investie et lucide, mais aussi proche de la folie. Seule face à ses élèves - toi, le public -, elle délivre un cours particulièrement particulier fait de vérité brute et cinglante, où l’excès et le burlesque le disputent à la bienveillance et l’implacable férocité de la société. Le tragi-comique de cet enseignement touche autant qu’il dérange. Une vraie leçon.


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Seule sur scène, dans un décor de salle de classe simplifié à l’extrème, la comédienne ossille avec brio entre cynisme et vent de folie. Défiant sa classe, son public, elle transfigure le personnage inventé dans les années 70 par l’auteur brésilien Roberto Athayde. Sans jamais glisser dans le bouffon ou le grotesque, même lorsque pointent les graines de la démence. Usant de ressorts clownesques pour capter l’émotion des spectateurs, malmenés, secoués, partenaires passifs et indirects, Virginie n’en demeure pas moins impressionnante dans sa partition.

Drôle et féroce, Mme Marguerite nous renvoie l’image d’un monde qui est le nôtre. Tout en aspirant à nous faire rire de sa cruauté - du moins le temps du spectacle, elle nous en livre un portrait criant, bouleversant, de vérité.

Absurdité, injustices, iniquité, tyrannie, répressions, manipulation, fatalisme, etc.. Le texte de Roberto Athaye reste désespérement d’actualité. Il cherchait à dénoncer le système politique dictatorial de l’époque, imposant silence, délations, répréssion, privations et aliénations en tout genre. Comment ne pas voir dans les propos de cette enseignante pathétique et au bord de la dérive la métaphore des dictats d’aujourd’hui : dictature de la beauté, de la mode, des normes comportementales, de la standardisation de l’opinion ?

Nous aurions tous aimé croiser dans notre scolarité un tel professeur. Tel celui qui, voulant changer le monde, commence par ses élèves et leur dit les choses sans prendre de pincettes, sans fioriture. Mais enfant, pensez-vous que vous auriez pu entendre « La division, ça vous dit quelque chose ? C’est une opération destinée à faucher un maximum aux autres. Demandez à partager une douzaine de bananes pour 35 élèves. ça sera vite fait : le plus costaud va se farcir 7 ou 8 bananes, le deuxième va manger le reste, et les 33 autres resterons la bouche ouverte. Les maths sont la base de toutes les disciplines. La division la base de toutes les sociétés » ?

Rendez-vous à l’école de Mme Marguerite pour, cette fois, rire mais aussi bien comprendre !


Sand


La représentation à la Cité des Arts est un "premier regard". La sortie officielle du spectacle est au théâtre Lucet Langenier

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