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Free Jam

Il y a fort à parier que ceux qui fréquentent les salles de concert de l’île ou écument les bars musicaux ont déjà entendu le nom de ce groupe, qui est pour beaucoup une référence. Il est même fort probable que d’aucuns aient tendu l’oreille, le temps d’un soir, attirés qu’ils étaient par les reprises très personnelles de ce groupe fondé il y a une dizaine d’années.

Constitué au départ de Sully Chamand à la guitare et de Philippe Rivière à la basse, le groupe est aujourd’hui associé à Didier Zora au chant et à Emmanuel Félicité à la batterie. D’abord nommé Four Apples, le groupe est né dans un bar de Saint-Denis aujourd’hui disparu, le Saxo, rue de Nice. De retour d’un concert aux Seychelles, le groupe adopta définitivement le nom actuel, Free Jam, double allusion à la quête de liberté que laissait supposer le mot Free et à la recherche d’une musique efficace que supposait le mot Jam.


Si Free Jam est souvent cité par les musiciens réunionnais, c’est qu’il se distingue à plus d’un titre. D’abord parce qu’il est constitué d’excellents musiciens, le bassiste Philippe Rivière en tête, qui a un jeu technique d’une grande finesse. Ensuite parce que la voix du chanteur rappelle beaucoup l’intonation des chanteurs groove américains. Enfin parce que le groupe est constitué de professionnels et ne vit, à ce titre, que par et pour sa musique. 
Après la sortie d’un single en 2003, Hémisphère Sud produit leur premier album, éponyme, en 2005. Treize titres, d’une belle tenue, où l’on retrouve les influences revendiquées par les membres du groupe : le rythm’n blues d’Albert King, le rock pur de Jimmy Hendrix, les longues improvisations lancinantes de Led Zeppelin et de Santana.



Pour Sully Chamand, l’idée est de relire le maloya, « musique de révolte », sous un angle électrique. Il faut dire que pour ce diplômé d’état de musique traditionnelle, il est important de « garder une identité musicale forte ». Et dans le même temps, difficile d’oublier le folk anglo-saxon, celui-ci « constituant un repère culturel fort ». A cela, s’ajoute l’idée de faire admettre à la Réunion une formule acoustique, « où l’unplugged aurait toute sa place ». Admettant que la musique réunionnaise a « peu d’existence face au raz-de-marée de la musique internationale », il souhaite « assimiler un message issu de la société dominante tout en gardant une personnalité ». En un mot, il ne veut « avoir le son de personne d’autre ».



Affirmant qu’il doit sa réflexion sur la musique à l’éclairage brillant de François Baptisto, du CNR, il dit aujourd’hui ne plus vouloir faire de musique gratuitement. Il semble pour lui important de quitter les structures locales avec l’envie, comme idéal revendiqué, « d’exprimer des émotions afin de développer chez le public un état de conscience ». « Les mots pour aiguiller, la transe pour soigner ».

En concert, Free Jam donne l’occasion d’écouter de jolies reprises d’Alicia Keys, de Craig David, mais aussi des Beatles — leur interprétation de “Let it Be” est étonnante — ou de Santana.

Nicolas Millet