Zoom

Ann O’aro

Fulmination poétique

« ça serait bien que tu écoutes Ann O’aro »..

.. Les critiques de son premier album sont excellentes, les gens en parlent... D’accord. L’affaire est délicate.


Clairement ça ne respire pas les fleurs et les petits oiseaux. Au programme : folie, maltraitance, suicide sur fond d’inceste... Amis dépressifs, l’écoute prolongée de cette œuvre est fortement déconseillée. « Non », me dit-on, « on ne peut pas plaisanter avec ces choses-là », pour la même raison qu’on ne peut pas trop faire autrement que de dire du bien de ce projet, cette courageuse sublimation de la souffrance.

Ce premier album est le fruit d’une production pointue, ça sonne propre. La voix est déchirante, la musique est un cri. Les textes sont déclamés, jusque dans les tics, à la Waro (n’en déplaise aux tritureurs d’orthographe, visiblement très inspirés sur ce coup-là), ou chantés dans le ton et la manière Saodajienne de Marie Lanfroy, mais en plus sombre.

Dark, c’est le moins qu’on puisse dire. Ann O’aro livre une poésie sauvage, directe et viscérale. C’est pas simple de faire du beau avec du moche, de transcender ce qui fait gerber... Sans vouloir jouer le remake d’un bac de philo déjà bien loin. Est-ce que ça fait du bien ? Difficile à dire. Ça bouscule, ça se confronte, ça gêne, ça « malaise » parfois. Et au fond, qu’on aime ou non, en soi, c’est déjà ça de pris.

Vomito ergo sum ?

Taper « Ann O’aro » sur internet, cliquer sur un titre au hasard. Les medias font passer le mot : « enfance en enfer », « passé de violences et d’abus », « inceste et suicide »... bien sûr, ce sont les thèmes abordés, bien sûr, les tabous sont appelés à être brisés.

Je me demande quand-même : quelle part d’intérêt tout un chacun attribue-t-il à cet aspect sordide en rapport au reste ? La nausée est-elle le pendant à une bonne accroche ? La démarche artistique, créative, thérapeutique peut-être, et l’engagement d’Ann O’aro sont une chose que je n’aurai pas la grossièreté de mettre en cause. Au-delà d’un album de musique, que personnellement je n’écouterai probablement pas en boucle dans ma voiture, c’est l’œuvre d’art qui m’interpelle. Il faut du cran et des tripes pour oser proposer une telle catharsis.

Lalou


Album : « Ann O’aro » (BUDA, 2018)
Concerts à venir : ICI