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Funky yéménites

Avec leur look bling-bling, leurs baskets fluo, et leurs chorés de break-dance, le trio israélien A-Wa dépoussière les chansons yéménites de leur grand-mère, sur un mode funky. Découverte.

Désert israélien – sur l’immensité ocre, leurs djellabas psychédéliques, bling-bling, leurs sneakers fluo, ondulent, flashy, sur des chorés hip hop, qu’épousent les courbes de danses traditionnelles yéménites. Dans le son funky d’A-wa (prononcez Aïwa, « oui », en arabe), ce trio futuriste de princesses des 1001 nuits, s’écoule le sable, s’entend le vent, se murmurent le chant des siècles et les histoires enfouies, mixés à l’explosion des mégapoles urbaines, aux beats du 3ème millénaire. Ici, la langue arabe croise les couleurs occidentales, reggae, électro, et des influences disparates – Michael Jackson, M.I.A…

Des routes multiples, des courants contraires, traversent les trois sœurs, Tair, Liron et Tagel Haim, trois jeunes femmes aux cheveux d’ébène, solaires, solides dans leurs baskets, qui recollent leurs bouts d’histoire pour créer leur signature : un cocktail qui décoiffe, et que l’on sirote, bien frappé, sur les dancefloors.

Le folklore de grand-mère

Flashback – l’essence d’A-wa prend source dans la voix de leur grand-mère, descendante d’une tribu yéménite, déplacée, à la fin des années 1940, lors de l’opération clandestine « Tapis volant », avec 45000 Juifs du Yémen, vers le jeune Etat d’Israël. Aux oreilles des fillettes, les chants traditionnels qu’elle porte, ceux des femmes yéménites, sonne fort, doux. Un coup de foudre. Pour des femmes qui ne savaient ni lire, ni écrire, ce folklore retraçait leur condition, abordait leurs problématiques sociales, politiques : une transmission orale. Bercées par ces chants dans un village désertique, Shaharuth, au creux des montagnes du sud d’Israël, les trois sœurs, nées d’un père architecte écolo et d’une mère thérapeute holistique, grandissent parmi les chèvres, les poules, les chameaux, les plantes, s’isolent parfois pour battre le tambourin, et appeler ainsi les rythmes du monde.

Car dans cette famille d’artistes, elles rêvent de musique. Elles s’initient aux jeux de sons, elles bricolent, bidouillent, inventent des paysages, un langage à trois voix, quasi alchimique. Sur l’arbre de leur grand-mère, croissent d’autres branches : les boutures prennent. La tradition se pare d’autres nuances.

Ne manque plus que ce coup de pouce, celui d’un mentor. Sur Internet, elles contactent le Yéménite Tomer Yosef. Bingo ! Le chanteur du combo israélo-US électro-funk-dub, Balkan Beat Box, les prend sous son aile.

Dès lors, tout décolle. Sur chaque scène, A-Wa dévaste tout. Une claque. Un sans-faute. Sur la radio militaire de l’Etat hébreu, la plus écoutée du pays, leur premier single Habib Galbi – « L’amour de mon cœur », l’histoire d’un amour tragique décliné sur des rythmes de danse contagieuse – tourne en boucle. Comme une traînée de poudre, le tube squatte discothèques, mariages, autoradios… Sur Youtube, le clip atteint six millions de vues ! Dans un territoire ravagé par le conflit israélo-palestinien, le succès incontestable de trois jeunes femmes qui chantent en arabe, constitue un symbole fort. Car A-Wa représente cette génération décomplexée, à l’aise dans la mondialisation ; une jeunesse, qui jongle avec les contraires, et donne ce coup de boost, jubilatoire, à la tradition, pour dessiner ensemble leur identité aux visages multiples… Forcément unique.

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