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Cyrano

Game Of Nose

Cyrano de Bergerac. 5 actes. Une flamboyante intrigue de capes et d’épées. Le panache en un homme et la langue sublimée.Tout le monde connaît la pièce de Rostand et son inénarrable tirade du nez. Rosello s’en empare. Cyrano retourne au labo*. D’où il sortira transformé, pour être pour goûté hors les murs, dans les cages d’escalier, les balcons, les cours d’immeuble. Nous avons cuisiné le chef, il a sorti les couteaux : à table.

Dans son programme, Rosello file la métaphore culinaire. Il nous annonce autour de Cyrano, une « cuisine théâtrale expérimentale », dont la première étape de « dégustation » aura lieu les 13 et 14 octobre 2017, dans deux quartiers populaires de Saint Denis, à savoir la Cité Patates à Durant, et le Quartier Bas de la Rivière.

Soit. Voilà déjà qui interroge.

D’abord la forme. Car enfin le chef d’oeuvre de Rostand, longue pièce comportant une multitude d’acteurs et de nombreux éléments de décor, n’est pas a priori un spectacle facile à décentraliser. On imagine mal comment sa mise en scène pourra s’affranchir du confort proposé par l’espace du théâtre. D’autant que Rosello compte conserver le faste des costumes, selon lui présents dans l’inconscient collectif, donc nécessaires à la compréhension de l’oeuvre.

Par ailleurs, il propose, avant la restitution finale en 2018, une première étape de travail de 30 à 40 minutes dans les quartiers. Ce qui n’est pas sans poser des problèmes de cohérence. Quid du découpage ? Cyrano en patchwork, va-t-il survivre à cette séance de dégraissage ?

Ensuite le fond. La pièce peut effrayer pour les mêmes raisons qu’elle séduit : sa langue flamboyante. Cyrano, c’est une succession d’alexandrins rimants, pétris de vocabulaire classique et de références littéraires et historiques. Sublime certes, mais ardu.

Autant d’objections que le chef balaie d’un revers de fourchette. Rétorquant que « La langue n’est pas une barrière si elle est bien portée ». Tarte à la crème que l’on consent à avaler lorsqu’il nous explique enfin les secrets de son fumet.

Car ce que prévoit Rosello, aidé à la co-mise en scène par Alexandra Tobelaim, de la compagnie Tandaim, c’est « d’inscrire le projet dans une forme narrative qui plaît ». Traduire : novatrice et culottée.

Un découpage en épisodes et en saisons.

Fascinés par l’engouement du public pour les séries télévisées, Tobelaim et Rosello envisagent de leur emprunter une structure qui fait leur succès : le découpage en épisodes et en saisons.

En 2018, et toujours hors les murs, arrivera donc la Première Saison d’un Cyrano dont Rosello ne change pas une virgule. Le découpage répondra en toute logique à la structure déjà existante dans la pièce : soit un acte par saison. D’une durée moyenne de 2 à 3h, elles seront bien sûr ponctuées de teasers, pour battre le rappel des troupes et rappeler l’intrigue. On peut donc rêver à une deuxième saison courant 2019 pour ce Game of Nose.

Mais c’est finalement au public qu’il reviendra de juger si l’expérience est probante. Pour l’heure, les cuistots de Rosello sont encore au labo [ndlr : en phase de création, du 23/09 au 12/10], parmi lesquels Lolita Termina, Eddy Grondin, Daniel Léocadie, et d’autres talents du théâtre réunionnais. À charge pour eux de repositionner le théâtre comme un art collectif avec l’élaboration de cette création.

Réintroduite dans l’espace public, la pièce de Rostand, qui met en jeu des thématiques universelles, se pare donc de modernité. Affront dramaturgique ou merveilleux pied de nez ? Spectateurs, ça sera à vous de trancher !

Zerbinette

Labo marque les créations impulsées par et au CDOI. Des expériences libres visant à télescoper les pratiques artistiques, initiées avec les compagnies ou auteurs associés au Centre Dramatique./font>


  • Cyrano - 1ères restitutions publiques
  • 13 & 14 oct. 18h | St-Denis | Cité Patates à Durant & quartier Bas de la Rivière | Gratuit