Coup de coeur

Gran Consiglio

Culotté

« Tiens, ce week-end on va bien se marrer, on va voir une pièce sur la vie de Mussolini »...

... Improbable, hum ? ça sonne spontanément comme un hiatus ou une mauvaise blague. Mais regardons-y à deux fois.


« 24 juillet 1943 – Le Grand Conseil du Fascisme se réunit pour discuter de l’éviction de Benito Mussolini  ». Enfermé, le dictateur en déroute attend que l’on décide de son sort. C’est là, dans l’intimité de son atelier de Palazzo Venezia, qu’il se laisse aller à une rétrospective sur son parcours et les éléments marquants de sa vie.

Pas du pipeau

« Gran Consiglio » est un spectacle très documenté. L’auteur et comédien Tom Corradini a travaillé le sujet durant presqu’un an, tant dans les livres que sur le plateau. La pièce relate en majorité des faits réels et constitue en soi un joli cours d’histoire. Les érudits apprécieront, toutefois, les autres ne se sentiront pas largués pour autant.

Mussolini commence par retracer son ascension au pouvoir, dans laquelle son talent d’orateur et de manipulateur a été un de ses plus grands atouts. On retrouve ici de nombreuses idées tirées de « La Psychologie des Foules » de G. Le Bon (un classique pour tous les apprentis politiciens ou publicitaires un tant soi peu ambitieux). Ainsi débute l’introspection de celui qui, au moment où il parle, se trouve sur la dernière marche d’une longue dégringolade, de la cime du pouvoir à l’abîme d’une défaite cuisante et totale.

Jeu de contrastes

Mussolini : rien que le nom semble capable de plomber l’ambiance, et pourtant... L’attachée de presse d’Elie Kakou n’a-t-elle pas dit : « faut rigoler, c’est un spectacle comiiique ! ». Le choix est audacieux mais plutôt intelligent. C’est en effet par le rire que Corradini nous permet de regarder en face cette sorte de Bête Humaine incarnée par ce personnage. C’est notamment là qu’intervient son talent de clown. L’artiste ne commet toutefois pas l’erreur de verser dans le grotesque de surface et tente un tour de force. Donner à voir le terrible et le ridicule, l’effrayant dictateur et l’homme vulnérable, le « champion » et le looser toutes catégories. La nuance, messieurs dames, la nuance. Mussolini était un vilain méchant, on ne revient pas là-dessus. La pièce y ajoute simplement un regard : celui de l’être humain, et l’effet en est la dédramatisation. Au jugement ou à la dénonciation, l’auteur préfère la décrédibilisation.

L’Histoire en devient plus digeste : mieux vaut rire que vomir.

The artist

La pièce se révèle relativement dépouillée au niveau du décor (hormis quelques accessoires symboliques), et s’en passe très bien. C’est le jeu incroyable de l’acteur qui ancre toute l’affaire. Empruntant aux techniques du clown et aux ressorts de la comédie, Gran Consiglio traduit en une forme « facilement compréhensible des sujets encore pertinents aujourd’hui ».

Tom Corradini est italien. A propos de texte : il jouera la pièce en français (chapeau bas). On ne pourra d’ailleurs pas manquer ce fort accent italien, qui facilite l’immersion du spectateur bien qu’il nécessite une concentration particulière au niveau de l’écoute.

Tom Corradini et sa pièce ont notamment été récompensés par le prix de la plus belle performance d’un seul en scène (Avignon Off 2017). Gran Consiglio a également été sélectionné pour le Prix « Meilleure Performance » (Brighton Fringe Festival 2016).

Il semblerait enfin qu’il s’agisse du seul spectacle qui ait jamais été mis en scène en Italie avec Benito Mussolini comme unique protagoniste. En faire un spectacle drôle, c’était osé, Tom Corradini l’a fait.


Théâtre | Tom Corradini Teatro | Gran Consiglio (Mussolini)

  • MER 12 SEP 2018 – 20:00 – Centre Culturel Lucet Langenier – St Pierre – Tarif : 6€/10€
  • VEN 14 SEP 2018 - 20:00 - Léspas Culturel Leconte de Lisle - St Paul - Tarif : 10€/15€

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