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Depuis 2004, Franck et Delphine arpentent les mers pour proposer des spectacles sur leur voilier jaune.

« L’idée, c’était de faire du spectacle de rue. Mais comme les rues étaient encombrées, on a choisi de prendre la mer. » La mer comme terrain de jeux — oui, pluriels — c’est l’occasion de toucher un public qui ne se déplace pas dans les salles. Les promeneurs sont happés par les acrobates qui filent de la proue aux haubans sur deux fois vingt minutes de spectacles très différents. Si Entre îles et ailes conclut la soirée par une élégante complicité aérienne autour des liens entre les deux acrobates, une sorte de déclaration d’amour renouvelée au fil des destinations, Les Navigateurs rend hommage aux figures burlesques du cinéma muet pour décrire le monde des marins avec humour. Un moyen d’exorciser un quotidien délicat ?

« Notre expérience personnelle est une source d’inspiration, confirme Franck. On s’est aussi inspiré de plein de choses qu’on a pu voir chez les autres plaisanciers. Plus une part de notre imaginaire. » Ils reconnaissent volontiers que plus d’une décennie de mer est un défi de tous les instants. «  Il y a plein de choses qui peuvent être fatigantes quand on travaille en couple dans un espace étroit, avec une vie de famille à gérer. Il n’y a pas de sas de décompression, pas de moment de solitude ni d’amis à côté chez qui on peut souffler. On a beau avoir appris à composer ensemble, on est en permanence confronté à la vie en promiscuité. »

Mais l’aventure est belle et les spectacles s’étoffent. Le couple s’est plu à agrémenter les performances en invitant des artistes locaux à assurer l’entre deux spectacles de leur savoir-faire, il y a eu du conte, de la musique, des arts divers ont animé le bateau par les quatre horizons. « C’est un espace qu’on aime partager mais on aurait aimé avoir plus de collaborations. Notre itinérance fait qu’on n’a guère le temps de la rencontre avec d’autres artistes. A La Réunion, on n’a encore rencontré personne donc, pendant la transition entre les spectacles, les gens pourront aller boire un verre ou rentrer chez eux. Et revenir un autre jour si ça leur a plu. » Contrairement à de vieilles croyances, ce n’est pas la mer que les voileux affectionnent, c’est le vent qui permet de la parcourir. Les navigartistes réussissent à se défier des deux et à être aux aguets des mille et une merdouilles qu’on peut rencontrer sur une embarcation où il y a toujours matière à bricole. « La différence majeure entre un spectacle de rue et un spectacle sur bateau, c’est qu’on ne peut pas se permettre d’attendre qu’une pièce soit cassée pour la remplacer. »

Leurs dangereuses voltiges convenant à la pétole plus qu’aux alizés, ils conseillent à leur public d’adopter le réflexe marin de scruter la force du vent pour être certain de profiter du spectacle dans les meilleures conditions. Mais la houle et le vent ne sont pas les seules contraintes, leur itinéraire s’articulant autour des représentations qu’ils fixent à l’avance. « Nos escales ne correspondent pas à des tours du monde classiques, précise Delphine. Mais il y a quand même une forme de liberté. On découvre des endroits où l’on n’aurait jamais pu aller autrement.  »

Leurs prochaines étapes les mèneront vers Madagascar, Mayotte, dans cet océan indien au caractère difficile qu’ils qualifient de machine à laver, puis devraient retrouver l’Atlantique et les côtes métropolitaines pour 2017. La boucle bouclée ne signifie pas pour autant la fin du voyage. « On a envie de continuer la tournée en métropole où on n’a jamais joué nos spectacles. Et on espère trouver des créneaux sur d’autres. La porte est ouverte aux possibilités. »