Bibliothèque

Sous les lunettes de Zerbinette

Homeboy

Où ta Zerbinette, lancée dans une folle course poursuite sur le Strip de Frisco, te recommande les vertus du bain de boue littéraire.

23 ans. C’est le temps qu’il aura fallu attendre pour que le génialissime Homeboy, du non moins truculent Seth Morgan, soit enfin traduit en français, sous le titre un peu fadasse de Liberté sans condition. Accroche-toi au guidon mon petit lecteur parce que cet ancien de Berkeley – rockeur déjanté et ex de Janis Joplin, mort en moto quelques jours après la sortie de ce chef d’œuvre de 681 pages (rédigé en prison s’il-te-plaît) et inspiré de sa propre vie – n’a pas trempé sa plume dans la confiture de fraise.

Comme dans tout Tolkien qui se respecte, et afin de survivre à cette impitoyable traversée, le bouquin est pourvu d’un glossaire de 50 pages, afin de s’adapter "tant aux chevronnés qu’aux récemment hameçonnés, aux méthodiques qu’aux bordéliques, aux imaginatifs qu’aux définitifs".

Le roman, cynique et désopilant, retrace les frasques de Joe Speaker et Lili Caca, deux anti-héros aux portes de l’enfer, emblèmes sinistres et ô combien attachantes des bas fonds de San Francisco, pris au piège dans une affaire de vol à main armée impliquant un des plus gros caïds de la pègre. Une charmante histoire d’amour donc, où le junkie et la putain remueront ciel et fange pour se retrouver.

Homeboy est un picaresque voyage en enfer, une fascinante immersion dans l’underground américain, un musée des horreurs où les prétendus monstres renversent par leur touchante humanité les clichés éculés de notre insolente normalité. Reste la drolatique galerie de portraits qui n’a rien à envier au cinéma de Fellini. Un pavé saisissant qui n’a pas fini de t’édifier.

Liberté sans condition de Seth Morgan, 681 p., éditions Sonatine.