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Homeland

Sur son dernier album, Tikok Vellaye est bâillonné comme à Guantanamo, indice d’un message fort ?

Sept ans après Détak, son premier album solo, Tikok Vellaye réaffirme son attachement à l’identité réunionnaise et à ses fondements. À travers quinze titres où s’enchevêtrent séga, maloya, blues New Orleans, sonorités africaines et influences brésiliennes, le chanteur de Ti Sours continue d’écrire des chansons portant ses valeurs dans un monde que la modernité a, selon lui, déformé trop vite.

Contrairement à ce qu’induit l’image un peu dure choisie pour illustrer le disque, celui-ci puise finalement son inspiration dans une contestation gentillette teintée de nostalgie. Une bonne partie du disque tourne autour du constat que « tout fout l’camp, c’était mieux avant mon bon monsieur ». Ce refrain indémodable, souligné au marqueur comme les nombreuses déclarations d’amour à La Réunion (sa nature, sa chasse, sa pêche, ses traditions…), donne tout de même quelques jolis moments comme Pou mwin séga, charmant hommage aux ségatiers lontan qui égrène la liste grisante des zarboutans du genre.   

La pochette provoc’ pouvait laisser craindre la résurgence d’un combat dépassé contre la censure du Maloya, mais Tikok s’en défend, s’inscrivant dans un mouvement contemporain : « J’ai voulu faire sentir que, même si les gens qui détiennent le pouvoir veulent nous fermer la bouche, on peut toujours dire les choses. » Au dos de la pochette, le bâillon arraché vole au vent, permettant à l’artiste de s’attaquer aux législateurs et aux institutions qu’il juge déconnectés des citoyens et de son zarlor fait de brassage culturel, de tolérance et de risofés familiaux. Une bataille tempérée par la douceur caractéristique du maloyèr. « Je suis pas le messie mais je veux faire comprendre notre identité, nos particularités. » clame-t-il, insistant sur l’admiration qu’il éprouve pour le ti péi, au point qu’aujourd’hui encore, il n’hésite pas à prendre sa voiture et rouler au hasard pour aller à la rencontre des gramouns.  

Son affabilité confère un capital sympathie à un album fluide dont la formation musicale, inventive sur un Blouz maloya particulièrement rafraîchissant, retrouve rapidement une certaine conformité symptomatique d’un Tikok Vellaye qui, semblant promettre une révolution, un album coup de poing, accouche d’une œuvre volontairement consensuelle : « Mi essay fèr in ti mélodi ki pass byin, mi essay gardé in fason dir lé choz asé simp. »   En ceci, Lès pa nou kozé est une réussite : plaisant à écouter, facile à fredonner et à la volonté louable d’inciter à s’affirmer politiquement et culturellement. On écoutera cet opus avec plaisir en espérant voir en lui un pas supplémentaire vers des titres plus engagés, favorables à de puissants « tyinbo ! »

Antoine d’Audigier-Empereur