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Hors des sentiers battus

Violoncelliste et compositeur de jazz Nord Américain, Eric Longsworth est un artiste atypique. En quête constante de métissage et grand voyageur (à pied notamment), il vit et partage la musique qu’il créé avec une sensibilité et une générosité touchantes.

Eric Longsworth a d’abord suivi une formation « classique ». Elève de Gary Hoffman et Janos Starker, il côtoie alors l’univers du pédagogue David Baker. Très vite, l’artiste s’affranchit des usages communs et développe un jeu peu conventionnel, qui deviendra sa signature personnelle. En effet, si le cœur lui en dit, il s’autorise à jouer de son instrument tantôt comme d’une basse, une guitare ou une percussion. Il explique : « j’ai réalisé que ce que je faisais en cachette chez moi, jouer un peu comme sur une guitare, jouer autre chose que ce qui était sur la feuille devant moi… Que c’était permis. C’est exactement ça que je voulais faire ». Après tout, pourquoi pas : comme dit créoles « ki tap a nou ? ».

Sa musique fait la part belle à l’improvisation. Sur les cordes frottées, pincées, frappées, Eric Longsworth laisse une empreinte singulière qui marie le jazz et divers courants des musiques actuelles. Chargée d’émotivité et d’images, sa musique « raconte » une multitude d’histoires qui s’adressent à tous, du spécialiste à l’amateur.

Cette recherche de nouvelles sonorités et manières de jouer ne se limite pas à la pratique de son violoncelle : il vit son métier comme une perpétuelle remise en question.

Into the wild

C’est un amateur de grands espaces et la nature est une de ses sources d’inspiration les plus puissantes. L’homme s’y plonge, à l’écoute : « la qualité la plus importante en musique, pour un improvisateur, est sa capacité à répondre immédiatement à ce qui se passe autour de lui, et le fait de passer autant de temps de temps dans la nature m’enrichit beaucoup ». Du temps, il en passe, c’est le moins qu’on puisse dire.

L’album présenté sur scène ce soir aux Avirons, « I hear you » est par exemple inspiré de ses pérégrinations à pied et en solitaire dans le Yukon et à travers les Rocheuses ou encore l’Alaska. Ce spectacle s’adresse à tous les publics, notamment les plus jeunes. Entre chaque pièce musicale, interprétée au violoncelle électrique, Eric racontera des histoires qu’il a vécues : ses rencontres avec le loup, les ours grizzly, le caribou, les lapins…

« Marcher pour aller vers… »

Eric Longsworth se pose en véritable globe-trotter de la musique, et par trotter, entendons d’abord marcheur. En 2016, il entame une itinérance de 400 km à pied, sur le sentier des Huguenots, son violoncelle sur le dos. Chaque soir, à chaque étape chez l’habitant, il donne un spectacle. Mais la musique de cet homme-là ne se nourrit pas seulement de l’immersion dans la nature : elle se vit aussi dans sa dimension humaine, au hasard des rencontres. Il s’agit d’aller vers l’autre, de créer l’occasion d’échanger différentes visions musicales. « L’idée est d’inviter d’autres musiciens, des gens qui ont envie de partager un moment de musique ou de rencontres, de discussions ».

Cette aventure a été filmée par Romain Saudubois qui l’a accompagné caméra à la main, lors de ce voyage, et en a fait un documentaire. Ce film sera par ailleurs projeté au Zinzin le 8 avril, où il sera possible ensuite de discuter avec le musicien.

« A quand Mafate ? », ai-je envie de dire… Eh bien, c’est prévu pour septembre 2018. Eric marchera sur les sentiers de La Réunion, à la rencontre des réunionnais(e)s et des musiques d’ici. Ce qui promet, j’en suis sûre, de beaux et surprenants mélanges. La rencontre avec l’île résonne d’ores et déjà comme une évidence.

En attendant cette réjouissante épopée, je vous invite à aller découvrir sa musique qui s’éloigne des autoroutes commerciales et se déshabitue des conventions. Place à l’exploration et au rêve à ciel ouvert.

Lalou