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Sous les lunettes de Zerbinette

Il faut beaucoup aimer les hommes

Petit lecteur adoré, si la singularité d’une écriture t’émeut, si la qualité littéraire d’un récit t’importe autant que son contenu, réjouis toi : tu as trouvé ta prochaine lecture !!!

Le titre de ce roman provient d’une citation de Duras, que l’auteur cite en préambule , et que je te retranscris pour le plaisir et ta culture générale mon petit lecteur, parce qu’elle en vaut le coup : "Il faut beaucoup aimer les hommes. Beaucoup, beaucoup. Beaucoup les aimer pour les aimer. Sans cela, ce n’est pas possible, on ne peut pas les supporter."

Solange est une actrice française portée aux nues par Hollywood. Seule. Un peu légère et égoïste. Au cours d’une virée mondaine, elle a un coup de foudre. C’est un acteur de seconde zone au magnétisme venimeux. Grand, noir, sublime et narcissique. Débute alors une passion à sens unique dans laquelle Solange accepte de se noyer. Elle ne vit que pour lui, il ne vit que pour le film qu’il rêve de monter : une adaptation du Cœur des ténèbres de Conrad. Les voilà partis pour l’Afrique. La voilà partie pour une lente désintégration.

Oui l’écriture de Darrieussecq fraie avec celle de Duras, par sa présence brute, animale, et implacable. Le mécanisme passionnel y est disséqué avec brio, les métaphores pleuvent comme des couperets, les égos enflent et les têtes roulent au tapis des vanités.

Dans ce roman de l’aveuglement consenti par l’héroïne, Darrieussecq s’amuse des clichés : c’est un noir qui filme une Afrique de pacotille pervertie par le poison hollywoodien jusque dans la jungle. Les illusions s’effritent, la pellicule s’emballe, mais le lecteur a compris : au cœur des ténèbres, chacun retrouve sa densité. L’inconsistance est meurtrière et Solange en fera les frais...

Il faut beaucoup aimer les hommes de Marie Darrieussecq, 312 p., éditions P.O.L.