Interview

Olivier Araste et Lindigo : toujours power !

"Je suis en mission pour le maloya"

Un an après la sortie de Maloya Power, l’incroyable album qui les emmène aux quatre coins du globe, les gaillards de Lindigo font une halte à La Réunion pour deux grands concerts au Palaxa et au Téat Plein Air. L’occasion de faire le point sur les projets du groupe avec Olivier Araste, avant de nouveaux voyages et, peut-être, un nouvel album avec Fixi.

Ca fait un an que Maloya power est sorti. Qu’avez-vous fait durant cette année ?
On a beaucoup, beaucoup tourné. On rentre juste du Japon, on est allés jusqu’en Norvège, à la Nouvelle Orléans, à New York, en République Tchèque. C’est incroyable, d’aller défendre le maloya dans tous ces endroits-là. Ca fait chaud au coeur, même si c’est souvent très fatigant physiquement d’enchaîner les voyages et les concerts, et difficile psychiquement de supporter l’éloignement de la famille et des proches. Mais on a passé une année formidable, on est très fiers et très reconnaissants, et plus motivés que jamais pour faire avancer notre musique.

Rétrospectivement, quel regard portez-vous sur cet album ?
Maloya Power nous a énormément apporté, il nous a ouvert de nouveaux horizons, et nous a vraiment fait progresser. Déjà, la collaboration avec Fixi nous a permis de décomplexer notre approche de la musique. Je me sens plus libre de faire les choses comme je le veux, de mélanger le maloya avec d’autres influences, avec d’autres instruments, et d’avancer en ne pensant qu’à la musique. Et puis, cette tournée et l’accueil de l’album m’ont permis de gagner beaucoup en assurance. Les rencontres, les voyages, le retour du public, tout ça te fait grandir à l’intérieur. C’est très important, parce que je me sens investi d’une mission pour faire connaître et pour faire avancer le maloya, et cette assurance me donne de la force.

Quel est votre meilleur souvenir de l’année écoulée ?
Je ne sais pas, il y en a tellement… Le concert au Sakifo, à la dernière minute, était un super moment. Voir la Louisiane, se balader à New York, c’est incroyable. La rencontre avec Winston McAnuff était très émouvante aussi. On a joué avec lui, et voir un reggae man jamaïcain chanter du maloya et pleurer, c’était quelque chose de fort. Il y a cette image du Japon aussi, où on a joué dans un festival rock, mais le public a été très réceptif à notre musique, à sa manière : les gens se sont lancés dans un pogo. Un pogo sur du maloya, j’avais jamais vu ça.

Quels sont vos projets pour l’année qui vient ?
D’abord, il y a deux concerts : au Palaxa le 24 août, où on aura l’honneur de partager la scène avec Bann Laope en première partie, et au Téat Plein Air le 14 septembre, où on sera très contents de pouvoir faire découvrir un groupe de chez nous, Soulangé, qui s’aventure à sa façon aussi sur les chemins du maloya. On est très contents et très fiers de faire ces deux concerts, parce que c’est la première fois que les salles nous accueillent en tant que Lindigo, et pas dans le cadre d’une programmation locale élargie.

Et après ?
Après, on reprend la route : l’Afrique du Sud et la Grèce, pour le Womex, qui est un marché des musiques un peu comme le IOMMA ici, et où on espère faire des contacts et trouver de nouvelles dates pour continuer de mettre le maloya en l’air.

Quand vous avez sorti Maloya Power, le projet initial était de faire un album en duo, Lindigo + Fixi, l’accordéoniste de Java. Des problèmes de calendrier vous en ont empêché, et Fixi a finalement du se contenter de réaliser l’album de Lindigo. Le projet d’un album commun est-il toujours d’actualité ?
Oui, mais on n’en parle pas trop parce qu’on ne sait jamais vraiment si les emplois du temps de chacun vont le permettre. Mais on en a très envie, et on espère enregistrer en 2013. Fixi est venu jouer avec nous pour la tournée aux Etats-Unis, et le courant passe toujours super bien. C’est quelqu’un qui joue avec M, avec Java, avec Tony Allen, avec toutes ces pointures, et pourtant, il a envie de travailler avec nous : comment ne pas lui être reconnaissant ? Et quand il est là, il vient chez moi, dans ma famille à Bras-Panon, dann karo kann, avec sa spontanéité et sa gentillesse. C’est comme mon frère.

Encore une année chargée en perspective. Comment te prépares-tu à tenir le choc ?
Je me ressource du mieux que je peux. En ce moment, je reste chez moi à Bras-Panon et je coupe la canne. Je vais dans les champs avec mon sabre et je coupe. Ca me permet de faire le vide, de me recentrer et puis aussi de me préparer physiquement, parce que c’est dur d’enchaîner les concerts. Ca me fait perdre un peu de poids, en plus, donc c’est pas plus mal. Et puis surtout, je profite de ma famille.

Propos recueillis par François Gaertner