Interview

Jeanne Cherhal dans les yeux de Baptiste Vignol

Jeanne Cherhal est une figure incontournable de la scène musicale française. Elle nous fait l’honneur de venir chez nous pour 3 dates. Mais, c’est bien connu, tant sur scène que dans l’intimité, la jeune femme est si sublime qu’il est impossible de ne pas être troublé lorsqu’on la rencontre. Connaissant ses propres faiblesses, Manzi a donc préféré, pour vous parler d’elle, s’adresser à quelqu’un qui la connaît bien. Interview.

Tu es fan de Cherhal et un bon pote de Jeanne. Pour sa venue à la Réunion, si tu n’avais pas le choix, préfèrerais-tu la voir en concert ou passer une soirée à boire des coups avec elle ?

Bah, Jeanne ne boit pas, ou alors que de l’eau très chaude. Comme ses chansons ne sont pas de l’eau tiède et que son tour de chant, « Solo », est une leçon de music-hall, je crois que je laisserais la bonne copine à ses tisanes pour aller voir la musicienne dont je n’ai pas encore fini de faire le tour du goulot.

Jeanne Cherhal est souvent présentée comme un artiste féministe engagée. Pourtant, elle n’est jamais chiante ni donneuse de leçon. C’est quoi le secret ?

Elle est naturelle, spontanée, drôle, vive, intelligente, à fleur de peau, généreuse, cultivée, curieuse, travailleuse et proche des gens. Tout ça finit par faire une œuvre quand on a, comme elle, du talent.

Quelle est la marque de fabrique de Jeanne Cherhal si on la compare à Camille, Émilie Loizeau ou La Grande Sophie ?

Voilà quatre artistes qui sont amies dans la vie et qui, en traçant chacune leur chemin musical, arrivent encore à s’épater les unes les autres. Leur marque de fabrique ? Ne pas courir après le tube je dirais. Chanter, recommencer, inventer.

Pour les schnocks qui hésiteraient encore à prendre leurs places, quel est ton argument ultime ?

Après cent dates de tournée, une dernière à l’Olympia, pleine à craquer, devant Alain Souchon, Bernard Lavilliers, Vincent Delerm, La Grande Sophie, Séverin, Serge Lama, Vincent Baguian, Natacha Régnier, Dominique Dalcan, Patrick Cohen, venus l’applaudir, Jeanne passe en coup de vent à La Réunion pour donner ses derniers concerts « Solo », avant de créer fin novembre à la Cité de la Musique un spectacle sur Barbara avec Bachar Mar-Khalifé. Quand on aime la chanson française, il faudrait avoir une sacrée soirée pyjama pour passer à côté !

Perso, j’ai été hypnotisé par ses longues jambes qu’elle anime avec grâce. Est-ce que c’est « mal » ?

Tu m’étonnes, Manzi. Les plus belles jambes de la chanson française, avec celles de l’inoubliable Muriel Moreno, du groupe Niagara. Regarde le clip de « Un million d’années »… Mais Jeanne a de très grands yeux aussi. Des poignets exquis. Aucun tatouage, à ce que je sache. Et une langue de vipère.

La question Drucker : Et c’est quoi sa chanson qui te touche le plus ?

Comme nous sommes plutôt amis, et qu’elle me fait parfois profiter de ses chantiers en cours, celle qui me touche le plus est souvent la dernière, toute chaude, qui n’est pas encore terminée. C’est bon comme une brioche.

Et celle que tu aimerais écouter lors de ses prochains tours de chant à la Réunion ? Genre la spéciale dédicace ?

« Le cocktail pour intellectuels de gauche » que chantait Guylène Guy. Tu la connais ? Ça fait quinze ans que je lui demande de la chanter. Mais toujours elle répond : « Non ». Jeanne est très caractérielle.

Je crois savoir que Jeanne Cherhal vient souvent en vacances à la Réunion. On peut savoir pourquoi ?

Jeanne est une nageuse. La température de l’eau donc, j’imagine. Même si ça devient compliqué… Pas l’amour des bananes péi en tout cas ! Elle déteste ce fruit.

Jeanne Cherhal utilise la chanson pour dire des choses qu’elle n’arrive pas à aborder facilement dans la vie. Qu’est-ce que tu aimerais lui écrire que tu ne lui as jamais dit à l’oral ?

« Je t’aime, idiote ».



Interview : Manzi



BIO RAPIDO

Baptiste Vignol vit et écrit à la Réunion. C’est le fondateur des Éditions du Boucan dont les ouvrages « La Réunion de A à Z », « L’Écologie de A à Z / Planète Réunion », « Une île toute en auteurs », sont bien connus des lecteurs insulaires dans le coup.

C’est surtout un amoureux invétéré de chanson française – il a été programmateur pendant trois ans pour Pascal Sevran (c’est dire…) – qui occupe son temps à alimenter son blog « Mais qu’est-ce qu’on nous chante ? » de billets tendres ou durs et qui gagne sa vie en écrivant sans relâche des bouquins sur des monuments de la chanson francophone.

Bien entendu, il est incollable sur Jeanne Cherhal avec laquelle il vient de créer une collection de livres pour enfants chez Gründ, « Les contes de Jeanne et Baptiste » (les quatre premiers volumes paraissent en septembre). Il a gentiment pris le temps de nous répondre entre l’écriture d’un livre sur Barbara et un autre sur Claude François.


Jeanne Cherhal
14 et 15 septembre 20h | Saint-Paul | Léspas Culturel Leconte de Lisle | 25-22€
16 septembre 20h | Le Tampon | Théâtre Luc Donat | 25-22€