Portrait

Rencontre au long cours

Jimmy Cadet, entre force et images

Le sourire est franc, l’allure décontractée, le corps tout en force. Derrière ce regard noir et joyeux se cache une démarche artistique sincère, celle de Jimmy Cadet, dont les toiles apparaissent, au gré d’expositions collectives ou solitaires, aux quatre coins de l’île, depuis sept ans. Rencontre avec ce peintre autodidacte, pétri d’humanité(s) qui, dans un travail quotidien, s’interroge, au travers d’une figuration libre mais exigeante, sur la force des images.

Né à Saint-Pierre de parents originaires du sud de l’île, Jimmy Cadet a un parcours atypique. Autodidacte, il est tombé dans les tubes d’acrylique par hasard. Ou plutôt par accident : victime d’une chute en moto il y a sept ans, il a dû subir une opération du genou. Un manque de chance pour ce sportif accompli qui doit se résoudre à faire six mois de pause. Au départ pour passer le temps, il se met au dessin et à la peinture. Féru depuis toujours de littérature, il se rend compte avec un certain étonnement que la peinture est en vérité le médium qui lui sied le mieux. Bien plus que le rythme et la sonorité des mots…

Remis sur pieds après avoir passé six mois à griffonner, il décide donc de quitter La Réunion, un carnet de croquis sous le bras. Direction l’Égypte, puis la Syrie. Deux années à vivre chichement, entre Alexandrie et Damas, mais dans cette vie modeste, la peinture tient toujours le premier rôle. Il faut dire qu’après avoir vécu sept ans à Paris, et travaillé autant de temps dans un laboratoire spécialisé dans l’épuration de l’eau, il sait définitivement la vie qu’il ne veut pas. De retour à La Réunion, il passe un bac L sur le tard, plus pour l’amour des lettres que pour le diplôme, et imagine poursuivre des études universitaires puisqu’il en est certain : il trouve un plaisir infini à écouter les universitaires sur les bancs de la fac. Malgré cette envie, Cadet doit toutefois bien se résoudre à l’évidence : la peinture sera toujours la fiancée la plus forte.

Il se jette donc à corps perdu dans ce travail. Habile, il parvient à trouver un équilibre : une activité salariée les week-ends lui permet de s’adonner à sa production artistique le reste de la semaine.

Après avoir créé l’Atelier 84 au Douzième, avec son talentueux comparse Eric Raban, il s’inscrit aujourd’hui dans le collectif WD41, du nom du détergent aux multiples usages. Avec Rio Palme, Cristof Denmont, Jace, Kid Kreol & Boogie notamment, il essaye de créer une force centrifuge pour sensibiliser à l’art contemporain. Ainsi peut-on régulièrement voir le travail de ce collectif dans des lieux de l’île, tels l’Artocarpe, pour des expositions souvent nocturnes, mais toujours couillues et vivifiantes. Il se chuchote d’ailleurs qu’une d’entre elles envahira Saint-Pierre en septembre.

Pour l’heure, Jimmy Cadet continue son labeur, seule valeur à laquelle il croit vraiment. A quarante-deux ans, il a définitivement envie de mettre les bouchées doubles pour proposer, à terme, un travail dense et cohérent. Influencé par Edvard Munch et Ernst Ludwig Kirchner, ainsi que par le néo-expressionnisme (Georg Baselitz, Jean-Michel Basquiat), et sensible à l’œuvre de Lucian Freud, il a aujourd’hui terminé son long travail linéaire – et nécessaire – de fréquentation et d’étude des anciens. Ses dernières toiles, indéniablement matures, portent la marque d’un détachement des maîtres. Se tournant fougueusement vers la figuration libre, il interroge le monde à travers des vanités mécaniques. Avec l’ironie d’un Damien Hirst, il questionne l’humanité et le sauvage. Et surtout, peu à peu, Jimmy Cadet est en train de construire une œuvre. Il est donc grand temps de commencer à le suivre…

Texte & photo : Nicolas Millet

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