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Kazz à Swing

Kazz à swing est une formation que l’on peut présenter sous un jour arythmétique : 20 doigts pour 10 cordes, 4 bras pour 2 manches, 1 violon, 1 guitare, 2 étuis, 1 archet, 1 mediator et 2 musiciens expérimentés. Unique duo guitare-violon en activité à La Réunion, Kazz à Swing plonge sa musique dans le répertoire de l’entre-deux-guerres, entre swing manouche, chanson française et standards du jazz. 

Kazz à Swing est un duo de cordes qui réunit Vincent Mornas au violon et Fabrice Maillot à la guitare. L’un est métropolitain et affiche 30 ans de violon au compteur, dont une quinzaine d’années d’étude classique. L’autre est Réunionnais et a passé une décennie à Paris pour y étudier la guitare en général et le jazz en particulier. Ces deux trentenaires jouent depuis une année ensemble, après s’être mis rapidement d’accord sur le répertoire abordé. Un répertoire qui correspond à l’âge d’or du jazz des années 1930-1940, une période charnière où le swing est apparu avant de se développer à la vitesse d’un échauffement sur la gamme majeure. L’époque où les orchestres de jazz se faisaient plus grands (big bands) et où les solistes occupaient le devant de la scène, y compris médiatique : Duke Ellington, Coleman Hawkins, Johnny Hodges, Lester Young…



Vous l’aurez compris, Kazz à Swing a choisi de s’intéresser à l’histoire du jazz, en se concentrant sur cette période d’avant-guerre particulièrement riche, en mouvement perpétuel, et marquée par un pont musical érigé entre l’Europe et les Etats-Unis, entre Saint-Germain-des-Prés et le Cotton Club de New York. Une période qui a vu également la naissance d’un genre à part, l’œuvre d’un gitan français, le jazz manouche de Django Reinhardt.


D’ailleurs, les non-initiés pourraient croire que tous les morceaux interprétés par Kazz à Swing sont l’œuvre de Django Reinhardt, tant le légendaire guitariste est devenu indissociable du genre swing ou jazz manouche. Pourtant, Django et Grappelli eux-mêmes reprenaient de nombreux morceaux, standards jazz ou mélodies traditionnelles revisitées. Des œuvres auxquelles ils ont souvent donné une seconde existence, sans pour autant en être les compositeurs, à l’image du « Petite Fleur » de Sidney Bechet passé à la postérité grâce à l’interprétation qu’en a donnée le Hot Club de France.


Kazz à Swing en fait de même, ne se contentant pas de reprendre les grands succès du duo Reinhardt-Grappelli, tels que « Minor Swing », « Belleville » ou « Manoir de mes rêves », qu’ils jouent d’ailleurs à la perfection. Vincent et Fabrice s’attaquent également à des classiques de la chanson française (« C’est si bon », « Le Poinçonneur des Lilas », « Je m’voyais déjà »…) ainsi qu’à des morceaux anonymes et mythiques (« Rythme Gitan », « Les Yeux Noirs », « Bei mir bist du Schön » et tant d’autres…).


C’est environ 85 morceaux que Vincent et Fabrice ont inscrits à leur répertoire, les adaptant à la configuration guitare-violon avant de les apprendre par coeur, des mélodies qu’ils connaissent littéralement sur le bout des doigts… 

Le duo a trouvé son équilibre, la complicité qui anime les deux musiciens en témoigne. L’assise rythmique de Fabrice Maillot –la « pompe »- est impeccable, ornée de nombreux accords exécutés à grande vitesse, comme le genre l’exige, jouant tour à tour sur les accélérations et les ralentissemments, sur les passages très sonores et sur d’autres, plus étouffés.  

Tout est alors en place pour que Vincent Mornas laisse libre cours à l’improvisation, son terrain de jeu favori, un territoire perméable aux digressions, qui permet de ne jamais jouer un morceau deux fois de la même manière. En véritable virtuose, Vincent laisse courir ses doigts dans les graves puis dans les aigus, alternant chorus et mélodie, le tout exécuté avec une déconcertante facilité. Un grand soliste, indéniablement !

Kazz à Swing est une formation légère et acoustique qui se prête parfaitement à l’ambiance feutrée des salles de restaurants et des grands hôtels. Un exercice moins évident qu’il n’y paraît, puisque les instrumentistes adaptent leur jeu en fonction de la situation, en occupant l’espace sonore sans pour autant l’envahir, en donnant du plaisir au public sans exiger l’exclusivité de son attention. Un savant dosage que Vincent et Fabrice, dotés d’une subtile expérience de la scène, réalisent à merveille. D’ailleurs Kazz à Swing se produit dans la plupart des hôtels du Sud, de l’Ouest et du Nord du département.

Nul doute que le jazz et le swing ont encore de beaux jours à vivre à La Réunion. Comment pourrait-il en être autrement avec des musiciens si déterminés à faire revivre ce patrimoine un temps oublié ?    

Jérôme Horat

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