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Kerveguen, désamour et tradition

Vous connaissiez Amour, Haine et Trahison, ce mélodrame italien dans lequel un noble italien joue double jeu pendant la guerre contre les Autrichiens. Vous allez adorer cet opus où notre homme du peuple, Manzi, chroniqueur même pas italien va la jouer franc-jeu en déclarant la guerre à des bons à riens.

Chroniqueur tout-terrain pour l’Azenda apporte son lot de bonnes et mauvaises surprises. Vendredi soir, en allant au Kerveguen pour écouter Jako Marron et Batida, je savais que je me dirigeais vers un territoire traditionnellement inhospitalier, raillé bon nombre de fois sur ce média par mézigue. Je continue de tirer sur l’ambulance car cette soirée constituait une espèce de parangon de soirée bidon alors que les artistes programmés étaient de qualité. Si je prends quelques minutes pour ce débrief, c’est que j’aimerais convaincre les Dionysiens d’aller faire un tour ce soir au Palaxa, histoire que ce Dj angolais reparte de notre île un peu moins aigrelet.

21h15 : Je débarque à la salle Lucet Langenier, sorte de MJC d’un autre temps que des graffeurs ont heureusement égayée, qui fait office de salle de concert pour la future structure culturelle baptisée Kerveguen attendue sagement depuis des lustres.

Faudra m’expliquer pourquoi avoir renommé cette salle Kerveguen alors que le vrai Kerveguen ouvrira sur le front de mer et, bonne nouvelle, pas sous la forme d’une régie municipale. Bref, tout cet imbroglio charabiatique sème déjà le trouble et vu que la communication est du même acabit, on se retrouve souvent à trois pelés et un tondu (c’est souvent moi malheureusement).

Hier soir, par exemple, le directeur d’un grand festival réunionnais de musiques électroniques n’était même pas au courant que Jako Maron s’y produisait en première partie alors qu’un sage producteur de maloya faisait partie de l’assistance. Je peux vous dire qu’il était plutôt vert le Jako de mixer devant un dancefloor composé de vingt individus (22 exactement).

Si vous connaissez l’acoustique de ce lieu, vous imaginez le calvaire d’endurer ce set dans cette grotte abandonnée et glacée. Le seul bon point de la soirée c’est que je peux me targuer d’avoir eu froid dans cette salle habituellement surchauffée, pas grâce à l’ambiance mais à cause du manque de climatisation.

En allant me réchauffer à l’extérieur, j’ai pu feuilleter la programmation semestrielle (vivement Housse de racket en octobre avec un probable record d’affluence de 12 personnes) et assister au départ de la responsable de la billetterie qui avait décidé de remballer sa caisse de 45€ et donc de rendre gratuit le set de Batida.

Mortel ! On s’est retrouvé à 32 grâce aux dalons des agents de sécurité et des techniciens de la Socosaf qui ont pu boire des coups et faire presque plus de bruit que les beats sur scène. Heureusement, il y avait également le chelou habituel, tu sais ce tout-pourri qui essaie de mouvoir son grand corps d’échalas avec son verre de bière à la main, répétant les mêmes gambades devant un concert de punk rock ou un set d’électro ambient pour finalement te renverser son breuvage sur tes pompes. Cette fois-ci, vu l’affluence, il n’est parvenu à arroser personne.

Avant de démarrer son live, le pauvre Batida a tenté de dédramatiser la situation en venant serrer la main de tous les spectateurs. J’ai bien aimé, ça m’a rappelé l’ambiance du stade Louis II lors d’un Monaco – Lorient de coupe de la Ligue.

Le reste du show mérite que je vous en parle même si j’ai bien conscience qu’il n’était pas forcément à fond de sa forme vu les circonstances. En tout cas, il a eu le mérite de s’adapter au contexte, d’essayer de causer en français et de faire des vannes bien senties.

Au niveau de la scéno, enfin un Dj qui propose un décor simple mais ouvert sur l’audience. Assis par terre pour lancer ses vidéos en mode geek des bidonvilles de Luanda, il nous a proposé des bons vieux afro-beats angolais des seventies. Armé de son simili likembé (sorte de “piano à pouces”, composé de lamelles métalliques posées sur une boîte de résonance) électrifié et amplifié avec du matériel de récupération (un bidon d’huile à priori), il a revisité tout un pan de la musique angolaise dans la bonne humeur et la communion.

Batida a eu la bonne idée de s’entourer d’un batteur, d’un danseur angolais sacrément gaulé et deux choristes/danseuses angolaises qui m’ont mis à l’aise. C’était de l’électro dansante, intelligente, engagée et pas folklorique. Si, si c’est possible !

D’une soirée qui s’annonçait moisie, Batida et sa bande ont réussi à assouplir mon agressivité, et à me donner la force d’écrire ce papier pour faire leur publicité.

Manzi