Zoom

L’absurde réalité

Zoom sur un rappeur hors-norme-cadre à retrouver au Kabardock les 22 et 23/06

Entre les sulfureux « selfie », le très critiqué « shoot un ministre », l’indescriptible « poisson » ou l’omniprésent « bonjour », il est aujourd’hui presque impossible d’être passé à coté de Valentin le Du, Aka Vald.

Les qualificatifs fusent : « Génie », « débile », « pitre », « faux rappeur », « roi des trolls »… Souvent dès la première écoute chacun se fait sa propre opinion et y va de son commentaire dans d’interminables débats sur le web. Une seule certitude, dans ce chaos Vald ne laisse personne indifférent et vend des disques. Beaucoup même. Il remplit aussi les salles de concerts et sa venue ici est donc l’occasion de se réinterroger sur le personnage.

La révélation

Du haut de ses 26 ans, Vald est un incontournable dans le paysage du rap français : 2 Eps, 2 mixtapes et 2 albums en à peine sept ans. Au début des années 2010, en direct de sa chambre à Aulnay-sous-Bois, il commence à inonder le web de ses freestyle improbables. Mais c’est en 2015, avec le clip de « bonjour », qu’il se fait connaître du grand public. Une popularité qui ne se démentira pas puisque son 2ème album XEU, livré en février 2018, est certifié disque de platine un mois après sa sortie.

Décrié ou encensé, celui qui se voyait dans « une église » avec « [sa] gueule en aquarelle » réalise en 2017 sa propre prophétie avec son premier album Agartha. Plus récemment c’est en messie, un titre que beaucoup de fanatiques lui avaient déjà conféré, qu’il se présente dans son dernier clip « deviens géniale ».

Le réunificateur ?

Avec ses millions de vues sur internet Vald serait-il celui que le monde du rap attendait ? Celui qui réunit ses différents courants et ce qui gravite autour. Celui qui réconcilie, enfin, la oldschool et ses puristes avec la nouvelle génération décomplexée ? Les « bobos » avec les « mecs de tess », les « indés » avec les grosses majores, le « conscient » avec « l’entertainment » et plus généralement les amateurs de rap avec… les autres ? De fait, de part son univers atypique le jeune rappeur séduit des publics souvent aux antipodes.

Et, quoi qu’il en soit, aller voir Vald sur scène c’est se rendre compte de l’immense mixité des gens présents. Rappeur/comique, tour à tour drôle, pathétique, ou franchement incompréhensible, le succès de Valentin se base sur l’alternance des registres, des styles et affects, entremêlés à une absurdité réaliste mise en exergue.

Ni Queue Ni Tête

Tout comme le théâtre de l’absurde, le rap de Vald est en décalage avec ce qui se faisait jusqu’à là. Jouant sur la rupture avec le milieu du HipHop et son imaginaire gangster, il en reprend les codes en les grossissant jusqu’au ridicule. La technique est simple, vieille comme le théâtre et pourtant redoutablement efficace. Montrer et caricaturer les travers d’un milieu sans pour autant les dénoncer explicitement.

Résultat : si « bonjour » (voir clip en bas de cette page) est probablement une satyre de l’univers de la cité, la société de consommation en prend également pour son grade dans « Mégadose ». « Ma meilleure amie », chanson entraînante et mignonne, traite de l’addiction à la drogue. Le titre « Urbanisme » est pourvu de trois clips identiques dans lesquels seule l’heure du réveil change.. à l’image de la journée du personnage.

Vald n’épargne rien ni personne dans ses morceaux et surtout pas lui même comme dans « branleur » (voir clip en bas de cette page) ou dans « journal perso ». Sa musique est absurde car la vie l’est aussi : « (...) Je dirais qu’il est absurde de mener une vie aussi dure, de vivre comme dans un combat et de faire croire que la vie est une bataille. Alors je parle de manière absurde. Ce qu’on a fait de la vie est totalement absurde. À la base, c’était beau. »

Alors oui, au premier abord Vald est dans un non sens permanent associé à des mélodies faciles et entraînantes plus propices à faire danser qu’à réfléchir ; le tout soutenu par des clips et vidéos tout droit sortis de l’imagination d’un étudiant en 1ère année d’art et sous LSD. Et c’est là le tour de force qu’il réalise : faire du rap qui n’en est pas, pour des auditeurs qui n’aiment pas le rap, avec des textes absurdes et légers pourtant souvent porteurs d’une vision beaucoup plus sombre et sérieuse.

Si le monde change, la musique et l’art en sont le miroir et en suivent l’évolution. Aujourd’hui Vald propose un rap au frontière du réel, à l’image de notre société occidentale : incohérente, dans l’excès, vulgaire et automatisée dans laquelle l’épanouissement, la joie et la légèreté sont pourtant plus que jamais possibles et nécessaires.

Apo


  • Vald
  • Vendredi 22 et samedi 23 juin - 21h | Le Port | Kabardock | 22/25€
  • 1ère partie : Fayazer (Rap / Réunion)