Coup de coeur

L’éclat’ au Teat vs La Cité qui m’fait craquer

Pour le week-end, Manzi a migré de TPA en CDA entre AaRON et Rock à la Buse.

Il est des week-ends où le bonheur d’habiter à la Réunion tombe sous le sens tant il éveille les sens.

Pour Bibi, ça donne un VSD vaporeux au Teat Plein air, contemplatif à la Cité des Arts et curatif au bassin bœuf. Cette dernière activité ne sera pas commentée dans le souci de ne pas heurter le lectorat féminin chaste qui s’amplifie chaque semaine sur l’Azenda en ligne.

Vendredi, c’est Aaron qui m’attendait au Teat Plein Air, enfin pas vraiment vu que le concert commençait pile à l’heure et que je me traînais ma boulette, charmante créature dont la sensibilité est inversement proportionnelle à sa ponctualité.

J’ai donc raté un petit bout du début du concert et j’avoue que ça ne m’a pas manqué car les envolées successives à la Arcade Fire - sortes de vagues à l’âme synthétiques lorgnant heureusement plus vers du Radiohead que du Archive - m’ont lassé assez vite et laissé un peu de marbre, surtout avec un public aussi contemplatif, le boule posé sur son gradin de mortier. Heureusement, je m’étais enquillé toute leur discographie la semaine pré-concert, ce qui m’a valu de passer par deux états distincts : d’abord blasé (leur tube Lili me sort par les narines), je me surpris à enquiller goulûment les pistes de leur dernier album, We Cut the Night. J’aurai quand même pas parié un rond pour vous annoncer que le concert d’Aaron serait très bon. Il faut reconnaître que ce choix de programmation était assez osé , qu’il a pourtant affiché complet et que le public avait l’air très satisfait.

Finalement, ce concert m’a plu car cette première partie rêveuse a servi de rampe de lancement à leurs tubes eighties beaucoup plus hypnotiques en live qu’en album. L’armada électro-pop, faussement ingénue mais rudement exigeante, a enflammé le dancefloor, ce qui n’est jamais facile dans cet espace bétonné pas vraiment conçu pour accueillir des teufeurs de bonne famille. Je vais enfoncer des portes ouvertes en rappelant que ce lieu est vraiment magique et qu’il a une nouvelle fois contribué à la réussite scénographique du show. We Cut the Night, ça a évidemment plus de gueule à ciel ouvert que dans un petit stade couvert. Je reste souvent très sceptique face aux prestations live de ces groupes où l’électro répond à des vrais instruments ; le numérique prenant souvent le dessus sur la prestation physique. Souvenez-vous de la bouillie proposée par Electro Bamako dans ce même lieu en 2014. La candeur du chanteur, Simon Buret, cabotin mais crédible dans son souci de partage festif, cristallise l’attention tandis que les musiciens complètent la scénographie sobrement. Bref, c’est un vrai groupe avec un leader charismatique et pas des ziquos de studio planqués derrière des machines qui regardent un/une choriste plaquer sa voix sur des boucles.

Samedi soir, autre lieu, avec toujours autant de béton, bienvenu dans le nouveau mastodonte de la culture réunionnaise : La Cité des Arts pour une soirée Rock&BD de toute beauté. D’abord, une exposition de fausses affiches présentant des concerts de figures mythiques du rock international qui auraient pu se produire sur notre Caillou. L’idée est bonne mais la quantité et la qualité d’oeuvres produites fait que carrément, ça cartonne. Autant dire qu’on tourne un petit moment dans cette salle du Banian dont les éclairages adaptés subliment ces bijoux graphiques et/ou drolatiques. Quand le « ou » devient « et », ça fait ouvrir son aumônière pour s’empresser d’acheter plusieurs exemplaires de ces affiches imaginaires. Il y a trois formats disponibles tirés à dix exemplaires alors dépêchez-vous, ça part comme des petits pains (A4 : 25€/80x60 : 50€/120x160 :120€.)

Concernant les réjouissances sonores, j’avoue que j’ai quasi pas fichu les pieds à l’intérieur du Palaxa, subjugué de pouvoir taper la discute dans un cadre aussi somptueux et magnifiquement éclairé. On a tellement pris la mauvaise habitude de voir sortir de terres des immondices qu’il faut savoir féliciter ce cabinet d’architectes pour ce sans-faute. Par conséquent, ma contribution à l’équipe du Rock à la Buse se mesure plus en quantité de houblon ingurgité qu’en riffs encaissés. Honnêtement, je n’ai pas été conquis par les australiens de Rag n’ Bone car le fantôme des Make-Overs plane toujours sur ce rendez-vous. Oui je sais, je commence à être relou avec ce duo garage sudaf mais, après avoir atteint ce sommet d’exigence l’année dernière, la descente est difficile. Promis, j’intensifie mon travail de sevrage en 2016. Quoiqu’il en soit, des week-ends comme ça, où tout n’est que rock et exigence, forcément on en redemande. Amis dionysiens et provinciaux de tout horizon, je vous en conjure, allez flâner dans ce complexe culturel où tout s’illumine harmonieusement la nuit venue et allez également vous rincer les mirettes devant l’expo actuelle, pour vous rendre compte du niveau de dingue des dessinateurs réunionnais.

Manzi