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Comédia Infantil

L’enfance, sur un toit brûlant

D’un côté un auteur suédois, Henning Mankell, mort en 2015, surtout connu pour ses romans policiers. De l’autre Françoise Lepoix, comédienne française passionnée de voyages et d’Afrique. Entre les deux, Comédia Infantil, roman de Mankell ancré au Mozambique, que Lepoix a décidé d’adapter à la scène. Récit d’une improbable fusion, vers une probante création.

À écouter Francoise Lepoix évoquer sa rencontre littéraire avec Mankell, on serait tenter de citer Montaigne écrivant de La Boétie « Parce que c’était lui, parce que c’était moi ». Pourtant, le lien entre ces deux êtres n’est a priori pas évident.

Pour comprendre la genèse de ce projet, sans doute faudrait-il interroger le parcours de Mankell, homme de lettres et de théâtre qui fut, tout comme la comédienne, toujours entre deux terres. Quittant dès l’âge de vingt ans sa Suède natale, Mankell s’envole pour le Mozambique. Il assiste aux ravages de la guerre d’indépendance, qui laisse dans son sillage de nombreux orphelins. Il fréquente alors beaucoup d’enfants des rues, qu’il aide à survivre dans la dignité. Cette expérience le conduit à renforcer son ancrage sur cette terre d’adoption : Il codirige ensuite le Teatro Avenida, à Maputo.

De son côté, Françoise Lepoix quitte régulièrement la métropole, avec sa compagnie Cinétique, pour jouer ses spectacles en Afrique, à Madagascar et à la Réunion, où elle reçoit d’ailleurs le soutien régulier du théâtre Les Bambous. Son dada : jouer parmi les enfants des quartiers populaires.

Le point d’achoppement entre les deux, on l’imagine aisément.

Lorsqu’elle découvre le roman de Mankell, c’est d’abord ce thème de l’enfance vagabonde, meurtrie mais digne, qui la touche : « J’ai trouvé cette histoire magnifique. Ce n’est pas une histoire vraie, mais inspirée de la réalité. Celle des gosses de la campagne dont la famille est massacrée. Et leur dignité. »

En effet, Comédia Infantil fait entendre deux récits imbriqués. Celui de José, boulanger, qui raconte l’histoire de Nélio, un orphelin blessé suite aux massacres perpétrés dans son village. José héberge le gosse sur les toits d’un théâtre. Ce dernier lui confie, neuf jours durant, son histoire. Le roman est le récit d’une mort accompagnée, mais sans pathos. Celui d’une transmission, d’une réparation. L’adulte se fait passeur des mots de l’enfant, et miroir de son imaginaire. Pour Françoise Lepoix, il ne s’agit pas d’une histoire triste, mais plutôt d’une conte violent comme le monde l’est, tendre et drôle aussi : « Souvent, les gens viennent me voir à la fin du spectacle, et ils me disent : quelle belle histoire ! »

La mise en scène pourtant, ne s’est pas faite sans souffrance. Pour conserver la chronologie et la cohérence du récit de Mankell, la comédienne a travaillé deux ans. Souhaitant faire entendre par sa seule voix toute la polyphonie du roman, elle se charge d’un texte colossal à mémoriser, rythmé par la guitare électrique de Bertrand Binet, son partenaire de scène.

Le résultat, c’est un hommage sensible aux trésors d’ingéniosité déployés par des enfants que la guerre n’a pas réussi à priver de leur imagination. Un témoignage dont Françoise Lepoix espère qu’il sera inspirant pour le plus grand nombre, pour permettre « un regard plus beau sur nos jeunes, sur tous nos jeunes »

Zerbinette


  • Comédia Infantil
  • 27 oct. 20h | 28 oct. 17h | 30 & 31 oct. 14h | St-Benoît | Les Bambous | 4-13€
  • 3 nov. 19h | 4 nov. 20h | St-Denis | Théâtre du Grand Marché | 10-20€

DETAILS DES REPRESENTATIONS ICI