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L’habile Manzi ne se fait pas le patrimoine

Quand Manzi, caché sous son habit de chaste moine, cite du Brassens pour mieux brasser les eaux saumâtres de la culture et honorer avec limpidité les festivités de la Rivière d’Abord, l’Azenda dit chapô.

Ses fluctuat nec mergitur
C’était pas d’la littératur’,
N’en déplaise aux jeteurs de sort,
L’affreux Manzi et ses mat’lots
N’étaient pas des enfants d’salauds,
Mais des amis franco de port,
Qui se retrouvent samedi à la Rivière d’Abord

Allez les copains, ce week-end, on se bouge et on déboule à Saint Pierre pour redécouvrir le patrimoine de la capitale du Sud. Non, vous ne rêvez pas : je fais la promotion d’un événement organisé par la municipalité de Saint Pierre. Je sais, c’est aussi inattendu que de retrouver toutes ses paires de chaussettes après un passage en machine. Me serais-je fait sermonner par un élu à la culture, friand de censure ? Ou est-ce que j’aspire simplement à faire de la publicité pour une vraie belle festivité ? Comme je suis généreux, je répondrai : «  Les deux, mon général ! »

Le pôle Patrimoine Culturel de Saint Pierre a, en effet, toute ma sympathie car le travail effectué est toujours rigoureux et de qualité ; le point d’orgue de leurs actions se cristallisant ce week-end dans le cadre des Journées Européennes du Patrimoine avec la mise en rue du quartier de la Rivière d’Abord. L’intitulé de la manifestation « Rivière d’Abord en lumière » est schématique puisque le projet est bien plus ambitieux et multiforme. On ne se cantonne pas à projeter un diaporama de clichés du temps lontan sur une façade décrépie ou balancer un pauvre mapping kaléidoscopique pompé sur l’économiseur d’écran du PC de mamie. Non, voyez plutôt la chose comme une boule à facettes géante qui embraserait les rives de cette zone historique remarquable, rendue exceptionnellement non carrossable.

L’année dernière, ce fût une vraie régalade de déambuler dans cette rade, au milieu des badauds et des habitants, au gré de réjouissances visuelles, dansées, musicales ou théâtrales. Cette année encore, je crois qu’on peut parler d’une vraie proposition d’évènement populaire, c’est à dire pour tous les gens, même exigeants.

Sans rentrer dans le détail de la programmation, je tiens à mettre à l’honneur deux performances : Vélocipèdes du Centre Dramatique de l’Océan Indien (ce soir dès 19h30) et les visites guidées insolites de l’hôtel de ville de Saint Pierre par la Compagnie Karanbolaz (dimanche, toute la journée).

J’ai choisi ces deux propositions car elles mettent en avant l’art de la parole et subliment la langue réunionnaise, pétillante et rebelle, imagée et provocante. Ne ratez surtout pas la visite guidée de l’Hôtel de Ville par Sergio Grondin (et ses deux compères de jeux). Celui-ci incarne un guide mal formé mais surtout non formaté, toujours prêt à moukater et à faire marrer son assemblée. Il ne faut pas trop chercher de sens à ses versions historiques mais juste se délecter de son sens de l’à propos. L’année dernière, les spectateurs crédules sont vite repartis mais les plus joueurs se sont réjouis de sa maîtrise de la répartie.

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