Coup de coeur

Le vide – Essai de cirque

L’important, c’est la chute

Chaque semestre, les Théâtres Départementaux nous régalent avec un spectacle de cirque contemporain pointu et populaire : Le Vide/Essai de Cirque, performance perchée à quinze mètres du sol, sera clairement l’un des sommets de la programmation de 2017.

Fragan Gehlker s’est inspiré du « mythe de Sisyphe » d’Albert Camus pour concevoir ce spectacle qui questionne sa discipline comme un éternel recommencement.

Vous connaissez tous Sisyphe ? Ce petit malin qui a feinté les Dieux pour revenir des Enfers et qui a été condamné à passer sa vie à pousser son rocher. Ici, point de galet mais des cordes lisses à remonter inlassablement. L’exercice est si périlleux et physique qu’on pense surtout à Hercule, si l’on veut filer la métaphore mythologique. Quelle logique se cache derrière la répétition du même geste ? Comment une mécanique aussi absurde et dangereuse va vous tenir en haleine, vous émouvoir et vous faire rire ?

Pour un flirt avec un toit

Premièrement, vous allez être surpris par la scénographie dès votre entrée dans la salle de Champ Fleuri. Je ne vais pas spoiler – ou divulgâcher comme disent nos amis québécois – mais oubliez le côté pair ou impair de votre ticket et laissez vous guider dans un espace complètement revisité, avec une jauge réduite, où la scène et les habituelles places assises s’organisent de façon circulaire pour observer tout là-haut. Les chanceux qui ont assisté au génialissime Vortex de la compagnie Non Nova seront moins déboussolés.

Quoique… Pour me faire comprendre la dangerosité de l’exercice, Bernard Faille, directeur adjoint des TDR, m’a confié l’anecdote suivante : Fragan Gehlker a dû venir en repérage au préalable pour vérifier la faisabilité du projet tant celui-ci nécessite une installation millimétrée. À noter que des workshops dans les conditions du spectacle seront organisés pour des circassiens professionnels réunionnais en amont de ces trois représentations.

Alors oui, notre funambule est une sacrée bête qui monte, qui monte et vous l’avez compris… qui tombe. Et sans filet tant qu’à faire. Tout le spectacle ne joue que là-dessus, les escalades s’enchaînent crescendo et la peur au ventre ne nous quitte jamais. Dans certains spectacles, on comprend un peu les ficelles, on saisit que l’aléatoire a été travaillé mais vous serez bluffés par cette proposition où l’astuce est indécelable. Rassurez-vous, les textes caustiques de la bande-son permettent de détendre l’atmosphère et les cordes du violoniste Alexis Auffray apportent une dimension poétique et récréative aux exploits insensés de ce cordéliste onaniste.

Ce spectacle brut et sensible démontre une nouvelle fois que le cirque contemporain n’est pas qu’une recherche entêtante de la technique mais qu’il est surtout précurseur pour briser les codes et véhiculer des émotions fortes sans de longues tirades. La question philosophique à laquelle vous pouvez réfléchir avant d’aller admirer ce travail est la suivante : Comment conclure brillamment un spectacle basé sur la répétition à l’infini d’un geste ?

Manzi