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La joie débordante

Ceux qui n’ont pas pu aller à St Benoît le week-end dernier ont encore une chance de découvrir ce soir « Le Poids de la Joie », nouvelle création de la Compagnie Danses en l’R, menée par le danseur et chorégraphe Eric Languet. Le thème ? C’est écrit dessus. Il y est question de joie, mais aussi de gravité.

Le projet naît d’une demande de création dans le cadre du festival « Bonjour India ». Eric Languet, chorégraphe, raconte : « Lorsque le directeur de l’Alliance Française de Chennai m’a proposé de créer une pièce, je n’avais de l’Inde que l’image réduite ou fantasmée qu’en ont tous les européens qui n’y sont jamais allés. C’est à l’occasion de mon premier séjour là-bas, lors des ateliers de danse intégrante que j’y donnais, que le thème de la future création s’est imposé ».

Le constat de base du chorégraphe est que, malgré les conditions de misère ou la rudesse de la vie (notamment des femmes) qui existent dans la société indienne, chacun peut trouver la voie de la joie dans sa vie. Il est également frappé par la tendance qu’ont tous les humains, même dans les pires conditions de survie, à rêver d’une existence plus heureuse (dans cette vie ou une autre).

Le Poids de la Joie est parti de tous ces constats. Créé en Inde, il ne parle cependant pas spécifiquement de ce pays. « L’idée n’est pas de juger une société que l’on a cotoyé pendant trois mois : une telle vision ne pourrait être que superficielle », précise Eric. En ateliers, se questionnant avec les danseurs sur la définition de la joie, « les réponses apportées évoquaient le plus souvent la vie » (dans une vision globale et relativement philosophique). C’est donc cet angle qui sera retenu pour la création.

La joie est ici abordée, non pas comme « un bonheur béat réservé aux idiots, ou un déni de réalité », mais au contraire comme un sentiment nuancé et profond, illustrant le côté paradoxal de l’existence. Il s’agit de « montrer sur quoi s’appuie la joie pour émerger et, parfois, quel est le prix à payer pour ça ! »

Trois cultures, trois langages

Le poids de la joie est une collaboration entre danseurs européens, indiens et sourds. Elle se partage pour moitié entre artistes de Danses en L’R, et danseurs Indiens, dont deux sourds. En tout huit danseurs sur scène, pour une création mêlant donc les cultures tamoule et européenne à celle des sourds.

Depuis longtemps, Eric Languet et la Compagnie Danse en l’R pratiquent et promeuvent la « danse intégrante », qui inclue les personnes en situation de handicap. Le travail avec des personnes sourdes a nécessité l’établissement d’un mode de communication entre tous, pour la danse. Une interprète en langage des signes est intervenue et a également formé la troupe à ce langage. Une fois le modus operandi décidé, la difficulté supposée, dans le travail, n’en a plus été une.

La fête à l’envers

Le résultat de ce travail donne un spectacle aux airs féériques, un peu baroques, très coloré, « où il se passe des choses étranges ». Certains y retrouvent une touche de poésie à la Emir Kusturica. En filigrane de ces éléments poétiques, Eric Languet souhaite faire référence à des phénomènes qui le choquent et le dérangent, suggérant implicitement la réflexion au spectateur.

Les tableaux se déroulent partant de la préparation d’un carnaval, « cette fête à l’envers où on peut devenir quelqu’un d’autre sans que ça engage une responsabilité ». Ce contexte de liesse populaire ouvre en effet à des « choses que l’on peut faire en groupe et que l’on n’oserait pas faire seul ».

Le carnaval a lieu et… déborde. Se révèle alors le prix à payer pour une joie collective. A vous de le découvrir.

Lalou


  • Le poids de la joie | Cie Danses en l’R
  • Vendredi 13 avril 20h | Le Tampon | Théâtre Luc Donat | 12-22€