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La matraque pour tous

Entre interpellation musclée à Aulnay-sous-Bois et les présidentielles qui arrivent à grands pas ; le théâtre nous rappelle une fois de plus son rôle majeur dans le décryptage de l’actualité. Mais attention : pas de leçon de morale ici, c’est bien une comédie ultra grinçante que nous propose Mario Batista.

La hotte du Père Manzi

Pour son dernier billet de l’année, le Petit Papou Manzi déballe son gros paquet. +++

Écrite en 2009, l’histoire de L’Arrestation ne fut pas sans accroc. Après avoir foiré la première mise en scène (ça arrive et c’est beau d’avoir l’honnêteté de le reconnaître), Mario Batista et son acteur Ricky Tribord remontent entièrement le spectacle lors d’une résidence en Guyane qui les couronne de succès. Avec plus de 50 représentations au compteur, la troupe de la Compagnie Strapontine nous présentera un spectacle bien huilé qui a cartonné aux Antilles, en Guyane et à la capitale.

C’est avec cette pièce que Batista passe de l’actorat à la mise en scène où il peut détricoter ses sujets de prédilection : la jeunesse, le pouvoir, la faillite culturelle. Parmi ses créations, Langue fourche pose, en un monologue, le mal de reconnaissance d’un jeune issu de l’immigration. Une problématique dont, en tant que fils de la première génération portugaise, l’auteur se sent proche.

Ici, il nous propose un tête à tête entre un mec et un flic, une discussion sur le pouvoir et ses abus qui joue avec les clichés en évitant les écueils du manichéisme. Dans L’Arrestation, Batista assure qu’il n’y a ni gentil ni méchant : « Moi je ne fais pas de la morale, je ne fais pas de la politique. Ce n’est pas mon métier ».

Chacun pourra s’identifier dans les propos du flic ou du mec, dans leurs préjugés et dans leurs représentations. Le sujet est brûlant et le langage de haut vol. D’ailleurs, après avoir été jouée devant des publics classiques, des scolaires et des prisonniers, la pièce, programmée en gendarmerie pour divertir les troupes, a dérouté les militaires par son thème. L’objectif est atteint : la comédie bouscule et incite à l’autodérision.

En ces temps troublés, où chacun est amené à réfléchir pour savoir quoi mettre dans l’urne lors du vote fatidique de cette année, ceux qui essaient de critiquer le système actuel avec lucidité, intelligence et sans violence, en conservant optimisme et amour de la vie, sont une planche de salut.

Pimprenelle