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Sous les lunettes de Zerbinette

La nostalgie heureuse

Que dire... J’aime tellement Amélie, la grâce singulière de l’écriture si simple en apparence et pourtant tellement travaillée.

Je me méfie de cette trompeuse facilité, de cet art de manier l’évidence et d’acculer le lecteur, l’air de rien, à sonder les profondeurs de son être impudique et raffiné.

Dans ce roman (dois-je te faire l’affront d’une tautologie lecteur adoré en écrivant "court roman"), l’auteur renoue avec l’autobiographie pour nous raconter son voyage au Japon, pays de ses premières amours, filmé par France 5.

Peu après le tsunami, elle se rend à Fukushima et offre un hommage sincère au pays qui avait boycotté la traduction de ses livres depuis Stupeur et tremblements.

Certes, le récit, subtil et poétique interroge l’essence du souvenir. On comprend bien que ce qui fut n’est plus, et que le reste n’est qu’éternelle reconstruction.

Mais enfin bon sang Amélie ! toi qui affirmes écrire tous les jours de 4 à 8 heures du matin, vivre sans internet ni télévision pour préserver ta tranquillité d’esprit, toi la vestale du Dieu Plume toute dévouée à tes Créations, que ne te décides-tu enfin, à honorer tes lecteurs, en dépassant le cap des 120 pages pour nous offrir un vrai bouquin bien lourd et bien épais, où l’on prendra enfin la mesure de ton infini talent, au lieu de nous pondre ces œufs de caille appétissants mais peu nourrissants, ces éphémères corruscations qui creusent l’abîme de notre frustration...

La nostalgie heureuse d’Amélie Nothomb, 152 p., éditions Albin Michel.