Chronique

La peste soit de vos pestaks

Spectacle jeune public = arnaque authentique.

Dans le milieu, pour parler des spectacles jeunesse, on dit pestak : ça fait plus cool, plus bienveillant. Ça met du sucre l’escroquerie qui consiste à nous faire croire que les adultes peuvent y assister ET y prendre du plaisir. Or, nous n’avons aucune sensibilité esthétique en commun avec ces ersatz d’adultes sous MDMA : demandez à un enfant de choisir un vêtement, il prendra toujours le plus laid – oui celui-là, avec le gros lézard en relief et la gamme chromatique de la diarrhée chronique. Surtout, n’allez pas croire que si les artistes créent des spectacles pour les enfants, c’est parce qu’ils les aiment. Il suffit de les voir traîner leur ivrognerie célibataire de lit d’institutrice en lit de bénévole paumée sur la route des festivals de campagne pour comprendre que le concept d’amour parental est étranger à ces nomades frivoles. S’ils aimaient les enfants, ils en feraient. Mais ces faisans préfèrent abuser de la faiblesse de ceux qui en ont déjà.

Il n’y a qu’à lire la prose indigeste d’un dossier de presse de spectacle jeunesse pour se rendre compte de la supercherie : « Développer l’imaginaire, éducation au développement durable, outil psychopédagogique, drôle mais intelligent, interactivité avec le spectateur... » Tout ce charabia pour nous vendre un sinistre duo de crevards composé de Léo, le chevreuil jongolo faisant tournicoter des bolas en feu et Capucine, sa conteuse moche recalée dès son entrée dans le couloir de la pré-audition du Cours Florent. Et nous on plonge, parents fragiles bercés par l’illusion que nos marmots possèdent une intelligence qu’il faut encourager. Cette branche des arts vivants est majoritairement trustée par des marionnettistes qui masquent leur charisme de bulot derrière des pantins fabriqués à partir d’objets de récup’ trouvés aux abords de la déchetterie. Ces tortionnaires de Tatayet ont trouvé la ruse ultime pour jouer quasi incognito, sans s’emmerder avec trop de texte ni trop de propos dans l’espoir qu’un jour, ils auront enfin le temps de mettre en scène la réadaptation visionnaire et politiquement radicale du Petit Poucet qui leur vaudra enfin l’entrefilet dans Popi et la nomination aux Molières (les Césars du pauvre) qui manquent à leur dossier de subvention.

Le spectacle jeunesse est devenu une vraie niche pour les artistes en manque d’inspiration, qui choisissent pour cible le seul public susceptible d’adorer n’importe quoi, surtout si c’est mauvais. Satisfaits de ce triomphe facile, ces gagne-petits s’assurent en outre des cachets moins élevés mais des dates plus fréquentes avec un public continuellement renouvelé et des tourneurs de l’Education Nationale peu regardants du moment que la prestation ne dépasse pas le montant de leur cagnotte de classe. Les retours presse sont forcément positifs puisque les journalistes culturels ont des vernissages à couvrir plutôt que de s’infliger ces enfantillages où personne ne pensera à leur servir une dose d’alcool. Ils n’en ont surtout rien à carrer et se contentent d’un copier-coller du dossier de presse, certes imbitable mais qui leur évite de pondre un avis négatif argumenté, potentiellement synonyme d’embargo sur une prochaine coupette de champagne.

L’autre tendance de ces pédo-rassemblements consiste à organiser des vrais concerts pour zenfants, avec de la vraie musique live comme pour les grands mais avec des grimaces rigolotes, genre Kiss mais sans frottis testiculaire. Je tiens à rappeler qu’au cours du mois de février, en matière de désastre musical puéril, on s’est déjà farci à la Cité des Astres, Tonton David, l’étoile montante du reggae pour les rastas de moins de 10 ans. Si les caisses sont vides, l’option bon marché consiste à bidouiller des disco éphémères réservées aux kidz, histoire d’être bien sûr que nos apprentis teufeurs se soient bien amochés les esgourdes pour leur proposer une décennie plus tard n’importe quelle soupe techno. À quand des shots de virgin mojitos dans des gobelets Minions pour les préparer aux afters des Électropicales ?

Je vous aurais bien écrit encore quelques horreurs, mais pour dire vrai je dois filer : j’ai pris des places pour le festival Totototal, où je me rends chaque année avec ma délicieuse progéniture. Si vous me voyez rire dans la salle, applaudir comme un fou et sortir avec un air réjoui, faites-moi la charité de croire que je simule pour lui faire plaisir.

Manzi