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L’enfance à l’œuvre | 22 & 23 septembre | Théâtre du Grand Marché

La promesse de l’aube

Des flots avignonnais aux rivages réunionnais, voici « L’enfance à l’oeuvre », création 2017 du Centre National Dramatique « Les tréteaux de France », jouée au Grand Marché les 22 et 23 septembre prochains. « Ne passons pas à côté de l’enfance qui est le devenir de l’humanité », affirme Robin Renucci, metteur en scène et seul acteur de ce spectacle, conçu comme un voyage littéraire et musical. Attention, sous ces frugaux tréteaux, un programme costaud.

Lorsqu’on l’interroge sur la genèse de « L’enfance à l’oeuvre », Renucci rappelle qu’en sa qualité de directeur d’un C.D.N ; il se veut vecteur d’un théâtre qui parle aux gens. À titre symbolique, « Les tréteaux de France », semblent s’acquitter de leur mission. Le tréteau fut le premier soutien d’un théâtre du moyen âge qui se jouait dans la rue, au plus prés du peuple, supportant planches et acteurs dans un effort de décentralisation avant l’heure.

Gage de mobilité et de simplicité ; ils accompagnent donc Renucci jusque sur la scène du Grand Marché, en tant qu’éléments centraux de la scénographie. Ce qui laisse présager d’une création à l’image de sa forme : accessible.

Seulement voilà. Au menu de « L’ enfance à l’oeuvre », 4 extraits piochés chez des auteurs aussi brillants qu’ardus. Marcel Proust, Romain Gary, Arthur Rimbaud, Paul Valery. Comme autant de pavés jetés dans la mare de nos céphalées scolaires, ces piliers de la littérature française ont de quoi effrayer. Ajoutons à cela que Renucci ; jouant ces extraits de textes poétiques ou narratifs nullement écrits pour la scène, est accompagné de Nicolas Stavy au piano. Lequel ponctue cette mise en bouche en égrenant Schumann, Schubert, Rachmaninov ou Tchaïkovski. En bref du nectar pour mélomanes avertis.

Alors, élitiste ce Renucci ? Quid de la proximité, lorsque les textes, certes merveilleux, sont épineux ?

Pour comprendre la cohérence du projet artistique, il faut se souvenir que Renucci et Stavy sont en quête d’un théâtre en phase avec ce qui nous fonde. Donc d’une thématique qui puisse à la fois aiguiser la singularité de chacun et s’inscrire dans l’universalité nécessaire au partage. L’enfance apparaît dès lors comme un sujet fédérateur.

D’abord parce que c’est le lieu de la construction de soi. Ensuite parce que la possibilité de ce retour à soi par la découverte de l’enfance d’un écrivain, est la promesse d’une lumineuse reconstruction, donc d’une renaissance.

Inspirants, ces 4 auteurs reviennent par l’écriture au terreau primitif. On y apprend que si la vie adulte, comme le souligne Gary, n’est jamais aussi intense que l’enfance, la mémoire de cette enfance génère le désir, donc stimule la vocation. Souvenirs d’enfance qui sont pour Rimbaud le vivier de toute création.

Autant dire la fascinante période qui forge l’adulte désirant. Or, ce qui permettra l’accroche du spectateur, en dépit de l’éventuelle complexité des textes, c’est justement l’expression de ce désir, sublimée par le jeu théâtral. Renucci insiste sur le rôle fondamental de la voix de l’acteur pour entrer dans l’émotion de textes éminemment musicaux. Dans un duo où naissent les correspondances, l’acteur et le pianiste souhaitent ainsi permettre à l’oreille profane de vivre la littérature.

Séduisant lorsqu’on sait comme Proust que vivre par la littérature, c’est revivre.

Zerbinette


L’enfance à l’œuvre

  • 22 sept. 19h | St-Denis | Théâtre du Grand Marché | 10-20€ >> Voir ici
  • 23 sept 20h | St-Denis | Théâtre du Grand Marché | 10-20€ >> Voir ici