Actu

La ruée vers l’argent

Il y a douze ans Thierry About prouvait déjà son goût pour les mélanges en nommant son quatuor du mot-valise Taboo (vous l’avez pas ? je vous rappelle que le mec s’appelle Thierry About).

Son goût, il le réaffirme dans Train d’argent, quatrième album où séga et folk rejoignent le bluegrass en empruntant une route du rock jonchée de détours à travers les contrées nord-américaines.

Pour les qualifier, on pourrait, ni vu ni connu, se permettre un rajout au western d’Anthony Mann afin d’obtenir L’Homme de la plaine (des cafres). Même le titre original — The Man from Laramie — pourrait, par une subtile capillotraction, nous faire parler d’art convivial, quand Thierry About chante les louanges d’une Marylou dans un raclement vocal communicatif avant d’invoquer les Steppenwolf, Floyd et autres icônes qu’il honore dans la majorité de son nouveau CD. Les références malines ponctuent tout autant leur séga avec un Di a moin pourquoi qui emprunte au champ lexical de Ti Fleur fâné en nous faisant passer par les bassins réunionnais et en laissant « rouler les galets  » (on ose à peine deviner une référence aux pierres roulantes de Brian Jones).

La chevauchée à la Easy Rider fonctionne. D’autant mieux qu’elle commence par Bardzour, un séga dédié à la centrale solaire portoise déjà encensée dans Demain, ce film qui nous convainc que la planète peut encore nous supporter pour peu qu’on fasse les efforts nécessaires. Il faut bien des plaines à parcourir pour partir en road-trip, chouraver les instrus des yankees et repartir dans un nuage de poussière hillbilly.

Cette dernière manque un peu à un album studio trop bichonné. Quand on arbore le stetson et les santiags, ce n’est pas le plumeau qu’on porte à la ceinture. Mais la maîtrise des musique amerloques prouve une connaissance pointue de ses codes et un véritable amour pour le blue jean et la chemise à carreaux. Banjo, guitare et mandoline se laissent la place en toute courtoisie et le pied que prennent les membres à jouer de longs solos, ensemble tant qu’avec leurs invités jazz, rock et séga, leur confère une aura toute légitime de cow-boys qui doivent cartonner sur scène et nous faire scander des « Yee-ah ! ».

www.taboo.re