Portrait

Rencontre avec Nicolas Wilgenbus, luthier

La sonorité des bois rares

Le luthier Nicolas Wilgenbus, basé à Saint-Joseph, nous parle avec une sensibilité toute artistique de son travail du bois, de son ardent désir de proposer des instruments d’exception, de son parcours atypique et de sa rencontre avec un luthier vers lequel il alla, simplement parce qu’il habitait à deux pas de chez lui, dans les Pyrénées, pour lui montrer sa première guitare. Le vieux luthier l’encouragea à embrasser cette carrière exigeante. Il ignorait alors qu’il parlait à Favino, le très respecté artisan, créateur des guitares de Georges Brassens.

Wilgenbus. Le nom sonne comme une marque, c’est pourtant son vrai patronyme. Luthier à La Réunion depuis 2001, et plus précisément dans la commune de Saint-Joseph, Nicolas Wilgenbus explore le son précieux des bois rares et des bois locaux dans son atelier du sud sauvage.

JPEG - 118.8 ko

Ce jour-là, quand on arrive dans la matinée, l’atelier frissonne. Au mur est accroché un dessin en coupe, taille réelle, d’une harpe. C’est impressionnant de précision. Le silence règne. Bob Marley joue au loin, imperturbable. Devant l’établi, Wilgenbus taille minutieusement, à la main, un des éléments qui servira à faire l’instrument. C’est une des multiples pièces de cet inextricable puzzle qu’est la guitare. Il a une infinie patience pour l’instrument d’art, et ceux qui l’ont déjà vu travailler se demandent comment, à l’heure de la vitesse et de la modernité, on peut encore prendre ce temps si précieux pour faire des instruments d’exception. Cela pourrait s’expliquer par l’amour et le respect que Wilgenbus a pour le bois, qu’il chine, cherchant toujours la planche parfaite, celle qui est nervurée impeccablement, celle qui est totalement plane, celle qui offrira finalement le son le plus pur. Il y a de la folie dans ces choses-là.

Et Nicolas Wilgenbus, patient travailleur du bois (il a beaucoup bourlingué, erré quelque peu dans le système scolaire, pas mal voyagé, avant de se poser dans les Pyrénées et de se lancer dans la conception de sa première guitare) a la modestie de l’artisan d’art. Et il compose. Car s’il utilise des essences traditionnelles de la lutherie (amarante, ébène ou érable), il utilise, et c’est ce qui fait l’originalité de son travail, des bois de La Réunion dont il parvient avec peine à trouver les meilleures planches. Ainsi, utilise-t-il, le grévillea, à la sonorité chaude, le cannelle marron, très stable, et le litchi pour la décoration. Sans oublier le splendide palissandre violet, de l’île de Madagascar, qui offre une sonorité spectaculaire, autant dans les basses que dans les aigus.

Puis il imagine l’instrument. Sa forme, ses lignes, ses couleurs. Il invente des modèles uniques dont on peut reconnaître à coup sûr la griffe puisque sur le manche, juste avant le sillet, les frettes forment ses initiales, NW. C’est discret et infiniment esthétique. Comme le bonhomme.

JPEG - 125.9 ko

Pourtant, il aurait de quoi prendre la grosse tête. Adoubé par Favino en personne, il a révolutionné en 2008 le petit monde de la lutherie en proposant un manche auquel jamais personne n’avait songé : le manche intégral. Celui-ci, fabriqué d’un seul tenant, permet de répartir les forces mécaniques et les ondes sur l’ensemble de la table d’harmonie, ce qui crée une amplitude sonore jamais atteinte sur ce type d’instruments. Tous les luthiers avaient remarqué cet « effet de charnière » : Wilgenbus, dans sa petite case-atelier de Saint-Joseph, a proposé une solution. N’ayons pas peur des mots : c’est la révolution copernicienne des guitaristes.

Depuis le dépôt du brevet de son procédé, Wilgenbus ne cesse de travailler, mais on hésite à vrai dire entre le mot « travail » et le mot « recherche ». Car l’artisan, en quête perpétuelle du son le plus pur, de la richesse harmonique la plus large et du sustain le plus long, se fait démiurge. Et l’on est abasourdi par la beauté esthétique de ses guitares, l’originalité de leur forme et la richesse de leur son. Nicolas Wilgenbus est en passe de perdre son prénom. Pour se faire enfin le nom qu’il mérite : Wilgenbus.

Nicolas Millet

Galerie Médias