Coup de coeur

La Totale.

Traîner ses tendrons au Teat Champ Fleuri, pour un festival jeune public trépidant et talentueux, c’est l’éclate totale. Un point c’est tout.

Le Toto Total est devenu un incontournable du paysage enfantin réunionnais. Lorsqu’un lieu unique parvient à combiner restauration rapide, activités sportives, ludiques et artistiques, et prestations scéniques chinées, on appelle ça un bon plan.
Lorsqu’il accomplit l’exploit de sevrer une demi-journée entière ces satanés gamins de leurs prothèses numériques, c’est un miracle.
Et si de surcroît ces gosses en viennent à applaudir des artistes qui, loin de leur servir l’habituelle bouillie télévisuelle les conduisent sur le sentier de la délicatesse et de la poésie, c’est un exploit.

Ce jeudi 10 mars, le Toto Total 2016 s’est ouvert sur une valeur sûre.
Réitérant leurs prouesses dansées, les félins urbains de Jérôme Braban, qui ont entamé depuis un an une folle traversée des scènes de notre ile, ont à nouveau ouvert les vannes de la frénésie dans les rangées. La rencontre baroque de ces incontrôlables adeptes du free run avec les partitions d’un autre temps n’a rien perdu de sa saisissante beauté.

Je ne peux pas dire en revanche que la création de la compagnie de la ravine rousse : " Imago Ballabile", ait déclenché me concernant les mêmes émois. Entre cirque, danse et mime, ce spectacle, quoique délicat, n’était pas novateur. J’y ai retrouvé, entre autres, quelques ficelles du Slava’s Snow show, preuve si besoin que le canevas poétique a bien du mal à renouveler ses écheveaux.

Mais force est de reconnaître que mon snobisme était grain de sable dans cet océan de culottes courtes. Ces petits ignares naïfs riaient comme des loutres à la moindre facétie prévisible et n’ont eu de cesse de battre des paluches.

Puis, vint M.M.O. Un ballet dont l’abréviation n’évoque pas une nouvelle drogue synthétique pour moins de 12 ans, qu’on se rassure, mais bien Ma Mère l’Oye modernisée par un usage subtil et féerique de la manne audio visuelle.
Dans une chorégraphie aussi exigeante qu’expressive, trois danseurs donnent corps à toutes les fantasmagories du merveilleux enfantin. A la fois fascinant et subtilement inquiétant, ce ballet, dont les costumes précieux magnifient les rondeurs de l’enfance, est un ravissement. Moralité : n’en déplaise à ce cher Franck Lepage, grand détracteur de l’élévation par la culture, ce Toto Total, qui a rassemblé des gosses de tous bords et toutes origines socioculturelles est un miraculeux antidote aux " bruits de chiotte" qui n(p)ourrissent actuellement les entrailles de l’éducation.

Zerbinette