Coup de coeur

La vie entre les lignes

On en parlait il n’y a pas si longtemps, à la suite d’un débat sur la littérature et la poésie. Je n’avais pas lu son livre, et je ne connaissais le nom de Gaël Faye que par l’énorme élan médiatique (élogieux) autour de son roman « Petit Pays ». Alors on me passe « Paris Métèque » et je me dis que décidément, il y a de belles choses à faire avec les mots. Pas étonnant que je saute sur le sujet à la vue de l’affiche du Sakifo 2018 !

Né en 1982 au Burundi d’une mère rwandaise et d’un père français. En 1995, il fuit son pays natal pour la France après le déclenchement de la guerre civile au Burundi suivi du génocide des Tutsis au Rwanda. Cet exil, c’est l’éclatement du monde de son enfance. « Pour moi, c’est l’arrivée en France, à l’âge de 13 ans, qui a représenté la fin de tout. Plus encore au moment où, croyant que j’allais revenir au Burundi, j’ai su que j’allais grandir en France. Ce fut le début des interrogations, de la crise identitaire  ».

Le jeune homme possède une fibre artistique indéniable et, si les mots sont le canal privilégié de ses fulgurances, c’est pourtant d’abord par la musique, et non la littérature, qu’il s’exprime. Il raconte. « J’écrivais beaucoup quand j’habitais dans la banlieue parisienne et j’avais un copain qui faisait de la danse hip-hop, le samedi après-midi. Voyant que des gars y écrivaient, il m’y a emmené. J’ai intégré un atelier de rap et c’est comme ça que mes textes se sont retrouvés en tempo, en musique. Dans ce groupe, j’ai trouvé une famille ». Si le mélange des genres musicaux n’était pas encore, selon lui, si évident, il trouvait en revanche dans le slam un public attiré par les mots.

Après son duo avec Edgar Sekloka dans « Milk Coffee and Sugar », il a rappé son autobiographie en solo dans « Pili pili sur un croissant au beurre » (2013), avant de s’en inspirer pour son Petit Pays, qui sort en 2016 et fait un carton plein de prix et de récompenses prestigieuses.

Rythmes et botanique

La douleur de l’exil et le passé sanglant l’ont inspiré de façon évidente sur ses précédents projets. En 2017, il revient avec un nouvel EP, qui donne à voir une autre facette du personnage, moins sombre. Cette fois, c’est une invitation à la réflexion sur la vie, le destin, les ambitions existentielles. Sans oublier ses racines, fidèle à ses combats, Gaël Faye joue tout de même et une fois de plus de sa plume affutée pour dénoncer l’emprise de la société et ce qu’elle nous impose.

Question musique, ça s’écoute, vraiment. Mais pour être honnête, c’est moins le rappeur que le « paroleur » qui me fascine… Le verbe est subtil, poétique et puissant, si bien que peut-être, la façon de rapper semble contenir moins de « rage  » que les mots eux-mêmes. Peut-être se rapproche-t-on plus du slam que du rap qui claque… Peut-être aussi est-ce l’effet d’une version « studio » quelque peu lissée. Dans ce cas, le live pourrait bien catalyser une énergie beaucoup plus spontanée et révéler l’affaire sous un jour follement vibrant. Je veux bien parier.

En attendant, grand respect pour cet artiste qui sait si bien dire, et saisir au cœur, aux tripes.

Lalou



  • Le Sakifo | Tarifs :
  • 1 journée : 30 à 50 €
  • Pass 2 jours : 55 à 90 €
  • Pass 3 jours : 75 à 120 €


  • La programmation :